Marcel Duchamp au Centre Pompidou

Marcel est dubitatif...

En écho à la grande rétrospective inaugurale de 1977 commissariée par Ulf Linde et Jean Clair, le Centre Pompidou consacre une nouvelle exposition à Marcel Duchamp. Signe des temps, elle est sous-titrée « la peinture même »…

L’exposition commence plutôt bien avec une salle consacrée la recontextualistaion des œuvres de l’inventeur du ready-made. On apprend que les œuvres de la période dada (mouvement dont d’ailleurs il est peu question dans l’exposition !) de Duchamp procèdent d’un air du temps : les pastiches de la Joconde ou des films d’effeuillages de mariées étaient très en vogue à l’époque. Les documents des premières salles permettent de comprendre visuellement cette mise en perspective. Les œuvres et les dessins de presse de Marcel sont associés à ceux de ses frères permettant alors de prendre le pouls de l’ambiance dans laquelle baignait le jeune artiste. Cette mise en relation avec d’autres œuvres d’artistes de son temps sera d’ailleurs un fil rouge de cette exposition…

Alfonse Allais, Album Primo avrilesque

Alfonse Allais, Album Primo avrilesque

"Le Ministère des Jocondes", Fantasio n°179, janvier 1914

« Le Ministère des Jocondes », Fantasio n°179, janvier 1914

Alexandre Honoré Ernest Coquelin, Le Rire, 1887.

Alexandre Honoré Ernest Coquelin, Le Rire, 1887.

 

S’en suivent des salles révélant les tâtonnements de Duchamp qui cherche visiblement « un style » pictural au beau milieu du foisonnement des tendances de l’époque. Après un rapide saut autour de l’iconographie scientifique de l’artiste (objets scientifiques, chronophotographies, etc.), on débouche sur une copie du Grand Verre présenté comme la pièce maîtresse de l’exposition.

Inutile de faire durer le suspens, « Marcel Duchamp, la peinture même  », est ratée. Si on est prêt à passer les imperfections techniques (notamment en ce qui concerne les films dont la compression numérique est bâclée, ce qui commence à être assez récurrent au centre Pompidou !), les immondes posters muraux censés plonger le spectateur dans l’univers de l’artiste (en prenant au passage un peu les visiteurs pour des abrutis), ou une scénographie étriquée et peu ergonomique (vitrines trop basses, peu espacées, etc.), ce qui parait le plus agaçant est le parti pris de l’exposition. Les commissaires ont décidé de montrer que Duchamp — celui qui « a tué la peinture » selon la brochure — est en fait un peintre. Et comme cette hypothèse est rigolote, mais difficilement démontrable, l’exposition déploie de grossiers trésors de rhétorique afin d’arriver à leurs prétendues conclusions. Alors on tourne autour du pot, on fait avec les trous dans les collections françaises et les refus de prêts de l’étranger, on bricole des concordances avec d’autres artistes… pour déboucher sur pas grand-chose. Même si la perspective ouverte dans les premières salles autour d’une histoire culturelle des œuvres de l’artiste était excitante, le soufflé retombe rapidement devant l’ennui suscité par le reste de la présentation. Là où on s’attendait à de nouvelles hypothèses sur l’activité de peintre de Duchamp (ce qui aurait été passionnant !), on ne trouve que peu d’œuvres dont la plupart sont anecdotiques. Probablement que la nullité de « Duchamp la peinture même » tient au fait que les commissaires partent d’une hypothèse moderniste (« Duchamp a tué la peinture ») alors que Duchamp n’a probablement jamais voulu tuer quoi que ce soit, mais a simplement proposé autre chose ; une autre approche de l’art, pour le coup en décalage avec les paradigmes modernistes de son temps.

vue d'exposition, poster mural

vue d’exposition (poster mural)

vue de l'exposition (poster mural)

vue de l’exposition (poster mural)

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vue de l’exposition, vitrines des notes de Duchamp.

 

Nicolas Chardon à la galerie Jean Brolly

Nicolas Chardon-VE2014-scenario-a-1170x772 (vue d'expo Galerie Jean Brolly)

Nicolas Chardon, scenario, 2014 (vue d’expo Galerie Jean Brolly)

A première vue, le travail de Nicolas Chardon est d’une simplicité évangélique : une toile en damiers qu’il tend sur un châssis et sur laquelle il revient à la peinture en suivant les motifs. Mais comme toutes les choses simples, elles donnent en définitive accès à une complexité qui ne demande qu’à être dévoilée. S’en suit une série d’interrogations sur les différentes combinaisons permises dans un canevas donné, une sorte de jeu mathématique et géométrique. Une tension mécanique s’applique sur la toile étirant les fibres de tissus donnant aux parallélépipèdes de Nicolas Chardon des allures de fractales. Ce qui devient proprement fascinant est le dialogue que parviennent à initier ces œuvres entre les formes connues que nous appréhendons culturellement au premier coup d’œil (le carré, le rectangle) et leur transformation relativement aléatoire opérée par la tension.

Dans le livre édité pour l’occasion par la Galerie Jean Brolly, Sébastien Gokalp revient sur la genèse de cette obsession de Chardon pour les déformations géométriques : « Au début de 1998, le jeune Nicolas Chardon, alors en pleine interrogation artistique, assiste à une représentation du ballet Scenario de Merce Cunningham à l’Opéra Garnier. Les costumes dessinés par Rei Kawakubo sont des collants rayés déformés par des formes en mousse placées entre les corps et le tissu. Les gestes des danseurs habituellement gracieux sont boiteux, contraints par ces protubérances. ». Depuis, Chardon n’a de cesse d’interroger ce moment d’étrangeté — d’ingurgité — de ces corps dansants doublement hallucinés. Chardon est méthodique, il enlève ce qui fait « danse » dans le geste scénographique de Kawakubo pour ne se concentrer que sur l’essence de la déformation. S’en suit une série de toiles qui sont autant d’hypothèses ou de balises lancées comme des brides de dialogue avec l’histoire des formes. Et paradoxalement — sorte de retour du choc séminal — certaines de ses toiles finissent par danser sous nos yeux, une danse purement optique née de la superposition de la grille serrée sur laquelle apparait un carré noir sur fond blanc (Gentlemen, 2013). Même si avec Gentlemen l’ombre de Malevitch n’est jamais loin, ce n’est qu’une sorte de masque — un cheval de Troie permettant de désamorcer les attentes doxiques face à la peinture abstraite. L’irisation qui se produit à la lisière du carré noir sur fond blanc et de l’apparition du quadrillage de la toile créée une impression de vertige — de brouillage optique — tant est si bien qu’il est difficile de soutenir cette toile du regard plus de quelques secondes. Gentlemen est incontestablement l’œuvre de Chardon la plus aboutie et la plus radicale. Elle atomise le mythe de la contemplation trop souvent associé à la peinture abstraite[1] en privant le spectateur de son propre regard. Voici un geste concrètement iconoclaste et excitant, réengageant des questionnements sur l’abstraction jadis laissés en jachère au profit d’une veine décorative sans réel intérêt autre qu’en termes de marché.

Nicolas Chardon, scenario; 2014-

Nicolas Chardon, scenario; 2014-

Nicolas Chardon, formes noire-blanche, 2010.

Nicolas Chardon, formes noire-blanche, 2010.

Nicolas Chardon, Gentleman, 2013. -100 x 100 cm-

Nicolas Chardon, Gentleman, 2013. -100 x 100 cm-

[1] A ce sujet, voir l’excellente analyse de Leszek Brogowski sur la réception des œuvres de Reinhardt.

Gary Webb à la galerie Mitterrand

Gary Webb

Gary Webb, Eye Ball Story, Galerie Mitterrand

Gary Webb accueille le visiteur avec un tapis de triangles disparates de plastique rose et gris jonchant le sol de la galerie. Donnant son nom à l’exposition (Eye Ball Story, 2014), le premier « objet » sur lequel on bute est un ensemble hétéroclite de matériaux aux couleurs flashy. Il faut un certain temps pour se rendre compte que ce que nous avions au premier abord pris pour une sculpture élégante — et gentiment eighties — tient grâce à un filet de gigot !

D’emblée, le ton est donné. Gary Webb se moque du monde en convoquant des formes et des matériaux familiers et vintages agencés en sculptures séduisantes ; « Pop » comme on le dirait de quelque chose d’efficace, de consommable et d’immédiat.

La déambulation se poursuit en croisant des miroirs en formes de palmiers (My First Drawing, 2014) ou une étrange sculpture  à mis chemin entre un comptoir ambulant de bord de plage et une luge renversée (Made Like a Laptop, 2014). Le doute s’insinue : et si le Pop déployé à grands frais par l’artiste n’était qu’un leurre ? Si cette roublardise insouciante et sucrée n’était là que pour faire labyrinthe ? Hypothèse confirmée quelques mètres plus loin alors qu’apparait un « L » minimaliste de verre (Larry’s Chiseled Jaw, 2014).

Une forme est prisonnière de l’étrange monolithe : un monticule de sable troué comme du gruyère dont l’écrin de verre suit les contours. On ne peut s’empêcher de penser à un sarcophage. Mais les matériaux viennent en complexifier le sens : un bloc de sable mité conservé dans un cercueil de verre, matériau lui-même composé de sable… On passe d’un matériau primitif au matériau raffiné. Le verre se paye même le luxe de jouer avec les profondeurs et les couleurs : les deux faces teintes —l’une en vert l’autre en jaune — répondent à la fois au mur du fond de l’espace peint en jaune, mais aussi à la couleur originale du sable.

Le monolithe est sans conteste la clé de l’installation de Webb. Larry’s Chiseled Jaw opère un choc séminal à la manière de celui ressenti à l’apparition du monolithe noir et lisse du 2001 de Kubrick ; choc elliptique qui va permettre de parcourir à nouveau l’histoire que constitue toute exposition, enjoints d’y déceler de nouvelles nécessités. Les palmiers deviennent alors d’étranges colonnes singeant leur propre verticalité. Ces stèles idiotes sont disposés ici et là comme autant de stations d’un chemin de croix sans chemin ni croix. Made Like a Laptop devient un encombrant ex-voto purement formaliste et tautologique ne revoyant qu’à la stricte séduction des matériaux qu’il convoque. La structure emmaillotée dans son filet de gigot se transmue en cristal inédit, en un prisme engendré par un alchimiste sous LSD tombé dans l’œil d’une supernova. Chose rare dans une exposition d’art contemporain, la désorientation est totale, jouissive.

Gary Webb, Eye Ball Story, 2014

Gary Webb, Eye Ball Story, 2014

Gary Webb, Eye Ball Story, 2014 (détail)

Gary Webb, Eye Ball Story, 2014 (détail)

Gary Webb, Made Like a Laptop, 2014.

Gary Webb, Made Like a Laptop, 2014.

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Gary Webb, Larry's Chiseled Jaw, 2014

Gary Webb, Larry’s Chiseled Jaw, 2014

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Gary Webb Eye Ball Story,

09 septembre – 01 novembre 2014

Galerie Mitterrand, 79 rue du temple, Paris 3e.

Art Speaks for Itself : hub for international curators.

art speaks for itself

Un peu de promotion pour ce Hub lancé par l’artiste Arnaud Cohen et auquel je suis associé.  Art Speak for Itself se propose d’accueillir un critique d’art, chercheur,  intellectuel, commissaire d’exposition etc. dans un appartement parisien pour une période à déterminer. Seule contrepartie, l’invité doit organiser un dîner durant la durée de son séjour.

Toutes les informations ici 

et les candiatures là 

J’en reproduis ici l’argumentaire :

CONTEXT

Since the end of the avant-gardes, or the beginning of postmodernism, contemporary art has taken countless directions, with no hierarchy. This has allowed for a certain equilibrium in the development of a great variety of artistic, as well as critical and curatorial, talents. It seems to me that this balance is dangerously challenged by the ever-increasing intervention of major players from the commercial sphere. For them, art is at once a device that enables tax relief but mostly, a marketing tool. Alongside the rise of the figure of the artist as curator, this interventionism contributes to establishing the domination of only one of the numerous currents of art today. This current is at crossroads between conceptual art, abstraction and design. Albeit very honourable, this wave produces artworks which are knowingly devoid of societal commentary and allows for the application of any discourse. The promoted artworks, and the artists themselves, are then reduced to being notes on a musical score written by others. This shift is global and follows the move towards planetary standardisation of modes of consumption wanted by the big players in the commercial sector who are always seeking large scale economies.

THE ART SCENE IN PARIS

For decades, the only French artists to emerge on the international stage were expatriates. And yet, Paris has great assets. International collectors and curators flock here during the large events like the Fiac or Paris Photo. Furthermore, the creativity of French critical thinking is such that the likes of Duchamp, Foucault, Debord, Deleuze, René Girard (and through him Roland Barthes, Jacques Derrida, Jacques Lacan), Baudrillard, continue to inspire artists worldwide.

Paris was a haven for the arts until 1940. Now Paris can function as a hub. You pass through and interconnect. It can contribute to the emergence of creative forms that differ from what is dictated by large firms trying to control human desires. It is with this objective in mind that the first artist-run residential hub for international curators is launched in Paris. Others will follow.

PROJECT

Before going global, the project will occur first in an apartment in the Marais, the area in Paris with the biggest concentration of contemporary art galleries. Two bedrooms, a large table and French cuisine. Curators and heads of exhibition venues from all over the world will be welcomed in residence for a few hours or several weeks. The only aim is to allow dialogue and critical thinking on issues that matter today: art that speaks for itself. Its breadth of meaning will force international firms to take more than a minute to amalgamate it into their communication drive. This space will defend the non-interchangeability of artists, critics and curators. Guests will be selected for their capacity to interrogate the homogenous French way. Thus, around a table, this project aims to return Rabelais to the French spirit and create long-term links between different French and international players open to debate in a convivial setting. Welcome to a post internet wold!

PRACTICALITIES

An international guest curator/critic/director (selected from the proposals made by the Parisian board of advisers and friends) will choose the second international guest curator/critic/director with whom they would like to share a dinner, a week. This is an occasion to meet, brainstorm, and potentially conceive a project that would not necessarily occur in Paris or even in any near future. One or several dinners will be hosted with the guests, depending on the length of their stay. Freedom of speech is viewed as precious. Non-members will only have access to fragments of information, via this website. Accommodation and the hosted dinners will be provided, but travel will need to be financed by the guests themselves unless their situation really doesn’t allow this (exceptional applications for travel bursaries will be accepted).

Project led by French artist Arnaud Cohen

Cohen envisages this project as an artwork bridging different fields. This approach follows on from previous experiences such as: Espaces Augmentés / Expanded Spaces or Save the Market (more on www.arnaudcohen.com)

Les Re-Magiciens de re-la Terre au Centre Pompidou !

vue de l'exposition, 2014.

vue de l’exposition, 2014.

« Les Magiciens de la Terre », exposition culte organisée par Jean-Hubert Martin en 1989, fait partie de ces propositions curatoriales faisant l’objet de pléthores d’études universitaires[1]. Il faut dire que le sujet est passionnant : regrouper des « artistes[2] » venus du monde entier et montrés au public sans exclusive de médium ni de célébrité dans le champ de l’art. Le catalogue d’exposition de l’époque — lui aussi devenu culte si on croit les prix qu’il atteint aujourd’hui — comportait lui aussi une part d’innovation en consacrant une page par artiste classé par ordre alphabétique et resituant sa région d’origine au moyen d’une petite carte à chaque fois centre sur cette région. Cette astuce graphique était censée refléter le refus de l’ethnocentrisme, posture qui se mariait de manière assez inédite avec les célébrations du bicentenaire de la Révolution française et de son humanisme, idéologie qui — pour le coup — assumait parfaitement son ethnocentrisme, même si accoler ce terme à la fin du 18e siècle et au début du 19e est anachronique.

« Magiciens de la Terre » marque incontestablement une date dans l’histoire des expositions du fait de sa posture radicale face au monde de l’art (bien qu’elle se soit tenue en partie au centre Pompidou, autrement dit un des principaux lieux de l’art en France), mais aussi parce qu’elle a finalement eu peu de postérité. En effet, aucune exposition n’a poussé aussi loin le fait d’accoler art (occidental) et pratiques culturelles (non-occidentales) sans souci de cloisonnement. Il y a eu certes d’autres expositions notamment organisées par Jean-Hubert Martin, mais il s’agissait à chaque fois d’un recentrement disciplinaire de l’exposition séminale. Par exemple « Partages d’exotisme » (Biennale de Lyon) qui fut présentée comme la sœur cadette de quinze ans des « Magiciens de la Terre », n’était en fait qu’une version « art contemporain » de l’exposition 1989 : on y voyait nombre d’artistes déjà connus sur la scène artistique (même si une partie d’entre eux avaient des origines extraoccidentales) et produisaient un art clairement identifiable comme participant à cette scène. Seules quelques propositions se situaient à la marge. Finalement, l’originalité de « Partage d’exotisme » résidait dans son catalogue d’exposition pour lequel Jean-Hubert Martin avait uniquement fait appel à des anthropologues ou des ethnologues pour l’appareil de légitimation critique, ce qui paraissait passablement incongru pour une biennale d’art contemporain.

On pourrait chercher des descendantes de « Magiciens de la Terre » dans les propositions curatoriales de Bruno Latour ou celles d’Okwi Enwezor ou Hou Hanru. Si Bruno Latour opère un décentrement disciplinaire, il s’agit principalement de l’illustration d’un crossover entre art et sciences, le tout recodé dans le champ de l’art contemporain (par exemple l’exposition « Iconoclash[3] » de 2002 au ZKM). S’agissant des expositions commissariées par Enwezor ou Hou Hanru, elles s’attaquent principalement (et souvent avec une naïveté très politiquement correcte) à la question postcoloniale et à la représentativité des « subalternes » dans les expositions. S’en suivent des manifestations regroupant des artistes aux origines diverses (mais ayant la plupart du temps fait leurs classes dans une école d’art américaine, anglaise ou allemande et vivant en occident) présentant une critique de l’ethnocentrisme et/ou une réflexion sur les théories de la domination à l’ère de la globalisation. Est-ce alors à dire que « les Magiciens » avaient atteint un point nodal en 1989 et que personne n’a vraiment osé ou pensé qu’il soit justifié de relever le gant ?

Heureusement, le Centre Pompidou est là !

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magiciens de la terre 2014

L’institution, enlisée dans une politique idiote de branding (transformer le Centre en « marque » destinée à l’export) — et donc de marche forcée vers les blockbuster—  ne propose depuis quelques années que des expositions monographiques peu risquées et des accrochages insipides. Cette politique s’opère au détriment d’expositions collectives innovantes interrogeant une notion ou un air du temps comme cela avait pu être le cas — il est vrai avec des fortunes diverses — auparavant. Suivant cette pente boueuse, Beaubourg fait dans le vintage. Il ressort les Must : à savoir une exposition culte dont tout le monde parle, mais que la plupart des commentateurs n’ont jamais pu expérimenter autrement que comme mythe[4], étant trop jeunes pour l’avoir vue « en vrai ». Seulement, au lieu d’interroger le concept des « Magiciens » avec des artistes actuels, le Centre construit un mausolée lourdingue et pompeux à sa propre gloire (au passage, c’est dire la considération que cette institution a pour l’art actuel !).  Formellement, c’est une sorte de patchwork mal ficelé de prises de vue l’expo de 1989 et de vitrines montrant des brochures et des documents d’époque. Les posters grands formats sont collés à même le mur et disposés un peu de travers pour l’aspect chambre d’ado (histoire que le visiteur comprenne que même si c’est bien rangé, il est chez d’authentiques rebelles) ! Une grande table est disposée au milieu de l’espace pour accueillir des éloges funèbres des conférences… Bref, on dirait du Hirschhorn sans la bière pas chère ni les bouquins, ce qui perd évidemment tout son intérêt ! Le point d’orgue de cette escroquerie curatoriale est le catalogue d’exposition vendu 69,50 euros ce qui en fait probablement le catalogue le plus cher du Centre Pompidou ! Donc, une exposition rance, réchauffée, morte née et inutile à tous points de vue.

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Les Magiciens de la Terre au Centre Pompidou
Du mardi 2 juillet au lundi 8 septembre 2014.
Place Beaubourg
4e

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[1] Je ne fais pas exception à la règle en ayant publié au moins un article sur le sujet dans la revue Marges et y ayant consacré un chapitre dans ma thèse !

[2] Les guillemets s’imposent car il s’agit en fait de créateurs, de chamanes, ou d’individus ayant une pratique passant par le visuel, mais restant inclassable selon les catégories occidentales.

[3] « Iconoclash » était un crossover entre trois disciplines (art, religion et science) autour des images de la destruction dans ces trois spécialités et reste probablement la meilleurs proposition curatoriale de Latour (http://www.bruno-latour.fr/fr/node/350).

[4] Même si cela parait assez complexe à démontrer, je pense que l’aspect mythique de cette exposition a été pensée dès le départ par Martin notamment en faisant participer l’ensemble du  monde de l’art français et international au catalogue de 1989 ou aux manifestations annexes. Son coup de génie fut notamment d’y associer Thomas McEvilley qui fera beaucoup pour le  rayonnement critique de cette exposition dans le monde anglo-américain par la suite.

Construction Works

Matthieu Clainchard

Matthieu Clainchard, 2014.

Que faire avec les moyens du bord ? Voilà une question centrale dans la création contemporaine et qui navigue à contre-courant des revendications parfois mégalomanes et démesurées de nombre d’institutions ou d’acteurs culturels. Avec l’exposition évolutive « Construction works », Laurent Lacotte (commissaire d’exposition et artiste) invite un groupe d’artistes à intervenir dans un lieu en travaux. Chacun s’empare du lieu, déplace ou agence des matériaux trouvés sur place, se confronte à l’inconfort d’un espace non destiné, en friche. L’intérêt de « Construction works » réside alors dans la manière dont la plupart des artistes ont répondu à la sollicitation de Laurent Lacotte en choisissant de ne pas sur jouer l’aspect « squat berlinois » pour offrir une exposition finalement assez ambitieuse.

La pièce la plus imposante est probablement celle de Matthieu Clainchard. L’artiste a repeint en noir mat un mur entier de l’espace venant ainsi annihiler les surfaces, les ombres, les reliefs et les éléments de mobilier du mur encore d’aplomb. Comme un pied de nez à cette pièce, David Renault abandonne non loin de là une masse dont le butoir est en béton, autrement dit dans la même matière que le mur qu’il doit détruire (Mass Destruction, 2014). La masse devient tellement lourde qu’elle en devient inefficace.

David Renault, Mass destruction, 2014.

David Renault, Mass destruction, 2014.

We’re all players est un baby foot-cercueil  de Laurent Lacotte (2014) qui se compose de bois de chantier. Cette pièce fortement ambivalente renvoie à l’espace ludique d’une exposition d’art contemporain, mais aussi au sort funeste réservé aux ouvriers du bâtiment victimes d’accidents dans certaines contrées et renvoyés chez eux dans des caisses bricolées de la sorte. Hervé All compose ce qu’on pourrait identifier comme un paravent ou une petite cloison en béton, bois et tiges de fer. On ne parvient pas immédiatement à saisir s’il s’agit d’une construction ou d’un vestige avant de remarquer que l’artiste a disposé un croquis de la structure sur un des murs à proximité de la pièce. Un jeu de référence s’engage alors entre le croquis et la pièce pour complexifier le statut de chacun des éléments encore obscurci par le contexte de « Construction Works ». Raphaël Charpentié confectionne, quant à lui, une petite crête totémique composée de toutes les poussières et petits détritus que l’artiste a pu amalgamer en répandant de la colle sur le sol. Cette pièce quasi primitiviste dans le geste qu’elle induit — s’accroupir au sol, ramasser la colle salie, en faire un tas — répond à merveille à une actualisation de l’idée d’esprit des lieux qu’elle parvient à matérialiser.

Laurent Lacotte, 2014.

Laurent Lacotte, 2014.

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Hervé All, 2014.

All

Hervé All, 2014.

Charpentié, 2014.

Raphael Charpentié, 2014.

Alors, si la promesse de « Construction Works » n’est pas révolutionnaire en soit (en même temps, on en a un peu marre des « proposition curatoriales » soi-disant radicales qui revendiquent le fait de « bouleverser ceci » ou de « réinterroger cela » alors que leur seule force réside bien souvent dans une amnésie — voire une méconnaissance — de l’histoire de l’exposition…), elle parvient à slalomer habilement autour de quelques poncifs au sujet de cette forme de monstration et d’y ouvrir des pistes intéressantes.

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Construction Works, 28 juin au 15 septembre 2014 (sur rdv), commissariat : Laurent Lacotte

L’impasse, 4 Cité Griset Paris 11e.

Hervé All : vit et travaille à Lyon
http://art.herveall.com/

Pierre Andrieux : vit et travaille à Bordeaux
http://pierreandrieux.blogspot.fr/

Cyril Boixel : vit et travaille à Tarbes

Raphaël Charpentié : vit et travaille entre Strasbourg, Grenoble et Karlsruhe

Matthieu Clainchard : vit et travaille à Paris
http://matthieu.clainchard.free.fr/

Sara Conti : vit et travaille en Belgique
http://www.saraconti.com/

Laurent Lacotte : vit et travaille à Paris
http://laurentlacotte.com/

David Renault : vit et travaille à Rennes
http://signalfantome.free.fr/

Critique d’art sur Internet : Tentative de typologie d’une blogosphère spécifique

La version originale de ce texte a été publiée dans le numéro Hors Série n°1 de la revue Marges, printemps 2014.

Il a été écrit en février 2013, ce qui explique que certaines informations ne sont plus tout à fait d’actualité.

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Le contexte

Même si certains sites comme Technorati se sont fait une spécialité de l’étude statistique des blogs avec leurs rapports annuels sur l’état de la blogosphère[1], étudier les blogs se révèle être une entreprise assez ardue. La tâche est d’autant plus difficile dès lors qu’on s’attache à la niche que constituent les blogs proposant un discours sur l’art (le tag « art » arrive en 15e position dans le classement Technorati 2011, mais dès qu’on y regarde de plus près, on se rend compte que ce tag concerne en grande majorité des blogs consacrés à la décoration ou à la mode).

Dans la première période de leur popularisation (entre 2000 et 2006[2]) les blogs ont fait l’objet de nombreuses études de la part de sociologues ou d’anthropologues, parce qu’ils étaient en grande partie constitués de blogs autobiographiques, journaux personnels ou « extimes[3] », online diaries, etc. ; ou encore de la part des spécialistes des TIC intéressés par le mode de diffusion des blogs et le nouvel usage que semblait constituer ce phénomène.

Passé l’intérêt sociologique ou anthropologique pour le récit intime, il existe peu d’études consacrées aux blogs spécialisés hormis ceux consacrés à la cuisine (domaine qui regroupe le plus de création de blogs) ou, dans une moindre mesure, à la mode. À de rares exceptions, on ne relève que peu d’études scientifiques sur les blogs de la période récente dans l’espace francophone ou anglophone, et cette tendance est encore plus flagrante depuis le tournant constitué par le développement des réseaux sociaux de 2006.

À noter également que s’il existe quelques études sur les blogueurs, il n’existe, à ma connaissance, quasiment aucune étude qualitative sur leur public. En outre, depuis l’avènement de Facebook et plus encore de Twitter (lancés tous deux en 2006), on assiste à la diminution de la création de blogs « journaux personnels », ces moyens de diffusion se révélant plus simples d’utilisation et davantage en adéquation avec les dernières innovations technologiques grand public (smartphones, tablettes, etc.).

Enfin, il faut ajouter que les blogs sont des supports éphémères et relativement chronophages pour leurs auteurs. Passé l’engouement des premiers posts, beaucoup disparaissent ou ne sont plus alimentés. Je me suis donc cantonné à étudier les blogs ayant encore une activité régulière en décembre 2012.

Blogs vs presse traditionnelle

De manière assez évidente, ce qui pourrait caractériser le blog est l’absence d’une structure décisionnaire chargée du choix de la publication des contenus et d’insuffler une ligne éditoriale. Le blogueur est généralement le seul maître à bord : il décide de ce qu’il écrit, de la manière dont il l’écrit, de l’iconographie, etc.

Il existe de nombreux sites internet collaboratifs qui fonctionnent a priori sur le modèle du blog et qui distillent une actualité de l’art rédigée par des amateurs ou des critiques d’art reliés à ces structures. On pense à paris-art.com, fluctuat, evene, exponaute ou encore slash. Chacun de ces sites – pour la plupart relativement généralistes dans le sens où ils traitent d’actualité de la culture – fonctionne avec de multiples contributeurs. Le rôle de ces médias est essentiellement de fournir des informations sur les événements en cours. Ils se contentent parfois de reprendre les communiqués de presse pour meubler la partie purement éditoriale. La majorité d’entre eux doivent leur survie aux recettes publicitaires et aux partenariats qu’ils développent, mode de fonctionnement qui a évidemment une incidence sur le contenu des articles publiés dans leurs colonnes.

Toutefois, il paraît difficile de considérer ce type d’usage comme assimilable à un blog dans le sens où ce qui caractérise le blog est la prédominance de la décision individuelle dans le choix de ses contenus. On pourra opposer à cela qu’il existe des blogs dont le choix des contenus peut être orienté par des contraintes économiques liées aux nécessités de référencement (parler d’une exposition blockbuster apporte plus de lecteurs que de parler d’une exposition plus confidentielle), ou peut dégager des profits (apports publicitaires, affiliations Amazon, etc.) ; mais répondre positivement à chacune de ces injonctions extérieures reste une décision individuelle du blogueur.

La différence principale entre un blog et un site est qu’un blog relève d’une écriture solitaire, alors qu’un site internet – faisant intervenir plusieurs auteurs – a tendance à fonctionner comme un magazine ou une revue, c’est-à-dire avec une chaîne de décision – mais aussi un ton – similaire à celle d’un comité de rédaction de la presse traditionnelle. De cette manière – et bien que leurs publications soient aussi exclusivement réservées à la sphère du net –, j’exclus de mon analyse les sites comme lacritique.org, portraits, intertexte.fr, TK-21, etc. Il faut noter que par bien des points, ces sites internet animés par des critiques d’art miment les usages de la presse papier. Pour la plupart d’entre eux, la publication sur le web semble être davantage subie que voulue. La preuve en est que le but de la plupart de ces sites est de pouvoir, à terme, proposer une version papier de leurs contenus sous la forme d’une revue ou d’un magazine traditionnel (c’est ce qui ressort d’une rencontre entre divers acteurs artistiques du web qui s’est tenue le 10 avril 2012 à l’Institut suédois de Paris, à l’initiative de Jens Emil Sennewald[4]).

On pourrait dire que la popularité des blogs consacrés à l’art contemporain est due à la défiance d’une partie du public de cet art à l’égard des médias traditionnels. En effet, la majorité des magazines d’art contemporain ont renoncé à une pratique de la critique d’art libre, dans le sens où ils sont à la fois contraints par des impératifs de vente et des impératifs publicitaires. Parallèlement à cela, il devient compliqué pour un magazine comme Artpress, par exemple, de remettre en question la programmation d’un lieu institutionnel ou d’une galerie importante alors même qu’une grande partie de ses recettes publicitaires provient de ces réseaux. Il découle de ce contexte que de moins en moins d’espace semble consacré à la critique d’art dans les journaux et les hebdomadaires, alors même que les visites d’exposition sont une pratique culturelle qui se développe chez nos concitoyens. Une situation similaire existe aux États-Unis et a été décrite par Terry Teachout[5] dès 2005. Pour lui, c’est la nullité de la critique d’art (cinéma, musique, arts plastiques, spectacles vivants, etc.) – combinée avec le peu de place accordée à la critique d’art dans les journaux généralistes – qui a conduit certains internautes à prendre la parole en créant des blogs spécialisés et souvent bien mieux documentés que la presse. On verra cependant que la prétendue liberté de ton évoquée par Terry Teachout dans les blogs est en partie une pétition de principe. Dans les faits, l’impression générale est une imitation du discours canonique de la critique d’art légitimé ou de l’histoire de l’art, hormis peut-être chez certains auteurs ayant – ou ayant eu – une activité de critique d’art dans la presse traditionnelle.

L’autre élément pouvant expliquer la popularité des blogs est les nouvelles habitudes de recommandation de personne à personne prises avec l’avènement du web 2.0. Par exemple, un site commercial comme Amazon fait appel à ses clients pour noter ses produits, n’hésitant pas à laisser publier des notes négatives. De la même manière, un site comme Facebook fonctionne lui aussi par recommandation avec les « j’aime » et son fil de l’actualité qui permet de suivre les activités de ses « amis ». De la même manière, les blogs qui participent à la sphère du web 2.0 fonctionnent par recommandation : on suit un blog qui est « l’avis » (pour reprendre les termes d’Amazon) d’un auteur (ou d’un consom-acteur). Il faudrait aussi ajouter à cela une impression de proximité qui n’existe pas dans la presse artistique, où l’on cherche davantage à prolonger les exercices de la distinction. À noter également que la plupart des blogs consacrés à l’art contemporain sont hébergés chez des hébergeurs généralistes (blogspot, wordpress, etc.), même si l’un des plus populaires (Lunettes Rouges) est hébergé sur le site d’un prestigieux quotidien traditionnel (lemonde.fr).

Ainsi, je choisirai de différencier ce qui relève de la critique d’art sur Internet (sites avec des rédacteurs plus ou moins professionnels[6]) et de la critique d’art dans les blogs. J’exclus aussi de mon étude les blogs consacrés à l’art contemporain qui se contentent d’être des plates-formes d’échange d’informations (annonces de séminaires et d’expositions, parutions, appels à contribution, etc.). Enfin, je me cantonne à la sphère française, c’est-à-dire aux blogs animés par des auteurs francophones traitant majoritairement de l’actualité artistique hexagonale.

Je vais maintenant tenter de dresser une typologie des blogs consacrés à l’art contemporain. Je commencerai par une typologie liée au statut des auteurs, puis présenterai une typologie liée à la nature des textes publiés. La première typologie est motivée par l’essence de ce qu’est un blog, c’est-à-dire une « signature ». En ce sens, il me paraît important de voir d’où parle l’auteur. La seconde typologie recoupe en partie la première, dans le sens où, dans le monde de l’art contemporain, les frontières entre les professionnels et les amateurs, entre le monde institutionnel et le privé, entre support numérique et support papier, sont particulièrement perméables. Une typologie se basant sur la nature des textes postés dans les blogs renseigne sur la sphère à laquelle appartient, ou tente d’appartenir, son auteur, sur son imaginaire social. Je précise que cette dernière catégorie est principalement empirique – c’est-à-dire liée à mon expérience de lecteur et de blogueur – et qu’elle ne procède en rien d’une critériologie a priori basée sur une étude littéraire ou sociologique dont je ne maîtrise pas les outils. Cette dernière typologie est donc largement lacunaire, mais il me semble nécessaire d’en esquisser une première ébauche étant donné que rien n’existe à ce propos pour le moment.

Gregory

Gregory

Typologie des blogs liée au statut des auteurs

Typologie selon la nature des auteurs

On pourrait classer les blogs en deux catégories selon la nature de leur auteur : les blogs de critiques d’art et les blogs d’amateurs d’art. On désigne par « critiques d’art » les auteurs ayant une activité rédactionnelle liée au monde de l’art (journaux, revues, magazines, catalogues, etc.). On désigne par « amateurs d’art » les auteurs n’ayant pas une activité rédactionnelle liée au monde de l’art en dehors de leur blog. Cette dernière catégorie peut également englober les auteurs qui ont une activité non-rédactionnelle dans le monde de l’art (des artistes par exemple). Toutefois, il arrive que certains amateurs se muent en critiques d’art avec le temps. C’est le cas de Marc Lenot avec son blog Lunettes Rouges, qui est devenu incontournable au fil des ans, et donc prescripteur, avec une moyenne de 2 800 visiteurs uniques quotidiens et une vingtaine de billets par mois. À noter que Marc Lenot est devenu adhérent de l’AICA (Association internationale des critiques d’art) en raison de son activité de blogueur.

Les catégories énoncées ne sont toutefois pas totalement perméables. Par exemple, la plupart des critiques d’art qui tirent une partie de leurs revenus de cette activité n’en tirent aucun directement de leur blog. Cela rend alors difficile de déterminer des catégories de blogueurs dans le champ qui nous intéresse selon les catégories proposées notamment par Technorati. Toutefois, la typologie proposée par Technorati peut avoir une certaine utilité dans notre champ. Technorati distingue cinq catégories[7] : les hobbyistes, qui représentent 60 % des blogueurs et qui font un blog pour s’amuser et par satisfaction personnelle ; les semi-professionnels, qui tirent une partie de leurs revenus de leur activité de blogueur ; les professionnels, qui tirent l’essentiel de leurs revenus de leur(s) blog(s) (ces deux dernières catégories représentent 18 % des blogueurs) ; les blogueurs corporate, qui sont associés à une entreprise ou une marque en particulier ; et les entrepreneurs, dont le blog est une vitrine de leur activité (conseil, technologie, communication, etc.).

Si l’on tente d’appliquer cette grille aux blogs artistiques, on peut d’emblée exclure la catégorie des blogueurs professionnels, car aucun blogueur français ne dégage suffisamment de revenus pour constituer un salaire. On ne connaît pas non plus de blogueurs payés par une institution ou une entreprise pour rédiger un blog sur l’art. Reste alors trois catégories dans lesquelles classer les blogs sur l’art : les hobbyistes ; les semi-professionnels ; et les entrepreneurs.

Parmi ces trois catégories, les hobbyistes semblent les plus faciles à circonscrire : il s’agit des blogueurs qui parlent de leur passion pour un artiste, une thématique artistique, etc., avec une grande spontanéité. Leurs posts sont souvent peu réguliers et il arrive que leurs blogs restent inactifs durant de longues périodes. En revanche, il est plus ardu de décrire précisément ce que recoupent les catégories semi-professionnels et entrepreneurs.

Si l’on sait qu’aucun blog consacré à l’art ne parvient à dégager des revenus suffisamment conséquents pour que cette activité devienne une activité principale (du moins dans la sphère géographique qui nous intéresse), il existe cependant quelques blogueurs qui tirent certains revenus de leurs blogs, qu’il s’agisse de recettes publicitaires ou de programmes de partenariat (de quelques dizaines à quelques centaines d’euros par mois). Cela pourrait faire de ces acteurs de semi-professionnels dans la typologie de Technorati.

Par ailleurs, des blogueurs ont acquis leur notoriété – et donc une légitimité dans le monde de l’art – grâce à leur activité de blogueur. Même si les cas de critiques d’art ayant débuté avec un blog restent très marginaux (Marc Lenot, alias Lunettes Rouges, Julie Crenn[8], etc.), gageons que ce profil tendra à se développer à l’avenir. A priori, un blog comme celui de Marc Lenot ou celui de Julie Crenn devrait entrer dans la catégorie Technorati des semi-professionnels, mais ce serait oublier que ce blog constitue aussi une vitrine pour son auteur.

En effet, Lunettes Rouges permet à son auteur de bénéficier de voyages de presse, d’envois de presse et d’offres de collaborations institutionnelles, sans oublier toutes les autres formes de distinctions dont regorge le monde de l’art. Le fait que le blog Lunettes Rouges opère comme une vitrine – même si ce n’est pas le premier effet recherché par son auteur – le positionnerait davantage du côté des entrepreneurs. Le cas est similaire pour Julie Crenn, qui a commencé à écrire sur l’art dans un blog, pratique qu’elle a pu ensuite valoriser auprès de diffuseurs traditionnels de la critique d’art. En continuant d’alimenter son blog, Julie Crenn poursuit sa stratégie promotionnelle qui renforce sa crédibilité sur le net. Cette perméabilité entre semi-pro et entrepreneur semble se vérifier pour nombre de blogueurs ayant une activité rémunératrice dans le monde de l’art (critiques d’art, commissaires d’exposition, enseignants, artistes, etc.), ou une forme de notoriété dans ce champ.

Deux sous-catégories des blogs de critiques d’art

Parmi les blogs de critiques d’art, on pourrait établir deux sous-catégories : les blogs contenant des textes originaux et les blogs « vitrine ».

Les blogs contenant des textes originaux, spécialement écrits pour le blog, sont animés par des critiques d’art dont les motivations sont multiples : elles sont liées soit à la perte d’une tribune régulière dans la presse généraliste, soit au fait qu’ils considèrent que leurs textes ne trouveront pas preneur dans la presse, soit à une nécessité d’autopromotion, soit à une nécessité de visibilité en vue de retrouver une tribune régulière, soit encore à la quête d’une plus grande liberté d’expression que l’on ne trouve pas (ou plus) dans la presse classique ; ce peut être aussi pour un peu de chacune de ces raisons. Des critiques d’art renommés développent des blogs avec des textes originaux, comme Élisabeth Lebovici avec Le Beau vice[9] depuis 2006, au moment où elle quitte Libération. Son blog est extrêmement fourni, avec 256 articles publiés en 2012.

Les blogs « vitrine » reprennent des textes déjà publiés ailleurs. Ils sont essentiellement motivés par une nécessité professionnelle de visibilité (l’aspect de diffusion étant réglé par la première publication) à des fins autopromotionnelles. Le blog sert simplement à publier les articles déjà diffusés sur des supports institutionnels (catalogues d’exposition, brochures, etc.), commerciaux (galeries privées) ou dans la presse papier traditionnelle. Il ne s’agit donc pas d’articles originaux. C’est notamment le cas pour les blogs de Tristan Trémeau[10], Cédric Loire[11], Paul Ardenne[12], Julie Crenn[13], etc.

 Trois sous-catégories de blogs d’amateurs d’art

Parmi les blogs d’amateurs d’art, on pourrait aussi établir des sous-catégories : les blogs d’amateurs d’art ayant une activité professionnelle sans rapport avec l’art ; les blogs d’artistes parlant de l’actualité de l’art ; et les blogs quasi uniquement visuels.

Les blogs d’amateurs d’art ayant une activité professionnelle sans rapport avec l’art : c’était notamment le cas pour Lunettes Rouges à ses débuts.

Les blogs d’artistes parlant de l’actualité de l’art : c’est le cas pour Ben ou encore Laurent Jourquin et son blog Pute et casse-couilles. À noter que les artistes parlant de l’actualité de l’art restent un phénomène assez marginal. La plupart des blogs d’artistes prennent la forme d’une galerie virtuelle ou d’un book leur permettant de montrer leur travail et d’avoir une présence sur la toile (ce qui se rapprocherait du blog « vitrine » de critique d’art évoqué plus haut).

Les blogs quasi uniquement visuels sont ceux dont le contenu se limite à des photographies d’expositions vues par l’auteur. Même si ce n’est pas le sujet de la présente communication, il serait intéressant d’analyser ces blogs dans le détail tant ils recèlent des photographies d’expositions amateurs. La qualité de ces images réside notamment dans le fait qu’il ne s’agit pas d’une iconographie contrôlée par la communication des institutions ou des galeries, certaines d’entre elles ayant aussi été prises dans des lieux n’autorisant pas les photographies personnelles ou lors de performances dont les artistes refusent qu’elles soient filmées ou photographiées.

Typologie liée à la nature des textes publiés

On peut distinguer sept types de textes selon leur nature propre : les textes institutionnels ; les textes analytiques ; les textes factuels ; les textes polémiques ou « anti-institutionnels » ;les textes narratifs ou « littéraires » ; les textes « spécialisés » ; et les textes sous forme de listes.

Les textes institutionnels sont des textes qui auraient pu paraître dans la presse artistique ou généraliste. Il s’agit de textes reprenant la forme argumentative et/ou descriptive de la critique d’art canonique.

Les textes analytiques expriment une volonté d’analyser l’art contemporain, les expositions ou les débats autour de l’art. Ces textes ne sont pas nécessairement liés à l’actualité immédiate de l’art. Ils ressemblent à ceux qu’on pourrait trouver dans une revue ou dans des chroniques de la presse traditionnelle.

Les textes factuels sont composés de descriptions des œuvres vues avec souvent l’émission d’un jugement au premier degré (j’aime/je n’aime pas, ça me touche/ça ne me touche pas).

Les textes polémiques ou « anti-institutionnels » revendiquent une approche en marge de l’institution de l’art contemporain. Ils affichent leur défiance face aux médias dominants de l’art (Artpress en tête) et aux structures de monstration de l’art contemporain (les centres d’art subventionnés, les musées, les grandes manifestations de l’art contemporain, etc.). Certains des textes de ces auteurs trouvent d’ailleurs un écho dans la presse contestatrice comme le magazine Artension. C’est notamment le cas pour Le Schtroumpf émergent de Nicole Esterolle[14]. L’auteur y publie des « chroniques » où elle dénonce les impostures de l’art contemporain à raison d’un ou deux billets par mois. Ces textes sont parfois repris dans Artension.

Les textes narratifs ou « littéraires » : il s’agit de textes tentant de parler autrement de l’art contemporain, notamment au moyen d’une invention stylistique ou d’une fictionnalisation de l’appréhension des œuvres (modèle du Salon de 1775 de Diderot, jusqu’au gonzo-journalisme). C’est entre autres le cas du blog Pute et casse-couilles de l’artiste belge Laurent Jourquin[15]. L’auteur y alterne gonzo-récits de ses visites d’expositions et réflexions sur sa propre pratique artistique.

Les textes « spécialisés » s’inscrivent dans des blogs consacrés à une ou des spécialisation(s) au sein même du monde de l’art, mais occupant souvent une « niche ». C’est le cas de blogs consacrés uniquement à des pratiques comme le dessin ou la photographie, ou à des genres comme l’art brut.

Les textes sous forme de liste. Pour cette catégorie, nous n’avons relevé qu’une seule occurrence : Joël Riff, auteur de Chronique curiosité. Son activité consiste à dresser la liste des expositions qu’il a vues sans autre commentaire qu’un chapeau rédigé dans un style littéraire ou poétique mais sans rapport direct avec les expositions citées. Dans d’autres parties de son blog, Joël Riff développe davantage ses visites (photos et courts textes).

 En observant attentivement la plupart des blogs qui ont une activité régulière (plus d’un article posté par semaine), on se rend compte qu’il n’est pas rare que la nature des textes varie. Ainsi, on peut – dans un même blog – avoir des textes analytiques, des textes descriptifs ou factuels. Seuls certains blogs de critiques d’art aguerris comme celui d’Élisabeth Lebovici semblent conserver une unité stylistique (et donc typologique, pour nous) tout au long de leur activité.

Motivations du blog

Comme nous l’avons vu dans notre première typologie, il existe un certain nombre de motivations objectives pour faire un blog sur l’art, comme celle de s’en servir comme vitrine ou d’en dégager un revenu complémentaire. Mais il existe également un certain nombre de raisons moins objectives, davantage liées à une forme de militantisme (le partage du savoir, l’idée de démocratie participative étendue au champ de l’art, etc.) ou à des recherches personnelles ne pouvant se concrétiser que dans l’échange qu’offre a priori Internet.

On peut aussi imaginer que le blog contribue à combler un besoin actuel de circuits courts comme cela se produit dans le commerce traditionnel. Autrement dit, on pourrait tracer une analogie entre ce qui se produit autour des AMAP (groupement de consommateurs autour d’un producteur qui s’engage à fournir une quantité de produit prédéfinie) et certains blogs. Dans les deux pratiques, il y a un public et un producteur qui ont une envie commune de s’émanciper des circuits de distribution traditionnels (la grande distribution dans le cas des AMAP, la presse traditionnelle dans le cas des blogs artistiques). Dans les deux cas, on peut penser qu’il y a aussi une quête de sens, d’un côté autour du geste de consommation et, de l’autre, autour du discours sur l’art.

On pourrait également rapprocher la pratique du blog de celle du fanzine ou de la free press des années 1960-1970, à la différence notable qu’il ne s’agit pas là d’une aventure collective, du moins au premier abord. Au premier abord seulement, car si l’on regarde concrètement la manière dont fonctionnent les blogs – système de liens renvoyant à d’autres blogs du même genre, ponts avec Facebook et/ou Twitter permettant la constitution de communautés had hoc –, il se dégage finalement une « ambiance » rédactionnelle (plutôt qu’une ligne rédactionnelle, qui serait une décision a priori) ressemblant fortement à l’aspect cumulatif qu’on pouvait observer dans la free press ou le fanzine.

Il est aussi envisageable de faire un rapprochement entre les blogs et les radios libres, même si ces dernières étaient une aventure collective. C’est du moins l’une des hypothèses développées par Bonnie A. Nardi, Diane J. Schiano et Michelle Gumbrecht[16] dans un article datant de 2004. Pour eux, la pratique du journal online (online diary) se rapproche beaucoup d’une émission radio, à la fois dans le ton adopté et dans sa forme. Ils décrivent des blogs comme des espaces où leurs auteurs expriment leurs sentiments sur les choses et racontent leurs expériences quotidiennes avec force détails. L’analogie avec l’émission radiophonique reste encore valide car elle se caractérise par une parole sans discontinuer, un choix individuel dans les messages diffusés, un contrôle relatif sur les commentaires (l’aspect « libre antenne » ou « parole aux auditeurs » qu’on retrouve dans les commentaires) et la superficialitéque cela induit dans les échanges[17]. Avec un corpus d’entretiens datant de 2003 (23 personnes âgées de 19 à 60 ans provenant de la même classe moyenne universitaire), cette étude ne peut prendre en compte Twitter et Facebook, qui ont révolutionné ce mode de narration et son usage communautaire.

À ses débuts, le blog apportait la nouveauté du commentaire du lecteur, mais on se rend compte que les commentaires sont rares ou qu’ils relèvent d’une autocongratulation d’une communauté de blogueurs partageant les mêmes opinions et n’hésitent par ailleurs pas à attaquer violemment tout avis contraire au leur dès qu’il se fait entendre dans les colonnes des commentaires. De ce point de vue, on se rend compte que la généralisation de Facebook permet une lecture « off » des blogs. En effet, il n’est pas rare que les commentaires les plus intéressants sur un article ne soient pas postés sur les blogs eux-mêmes, mais sur la page Facebook de leur auteur ou de ceux qui les citent. Comment expliquer ce besoin de privatisation des commentaires alors même que l’occupation de l’espace public semble être un des enjeux des blogs ? Une hypothèse serait que Facebook – avec son accès restreint aux seuls « amis » – offrirait aux blogueurs un espace de test pour affûter leurs arguments avant d’en proposer une version plus élaborée sous forme d’articles.

Conclusion

Il est, pour le moment, trop tôt pour savoir si la pratique de la critique d’art sur le web représente un bouleversement dans cette activité, voire du métier dans son ensemble. L’apparition de ce nouvel usage en lien avec le monde de l’art a permis de faire émerger de nouveaux types de discours prétendument plus spontanés ou moins formatés (en terme de style, de format de texte, d’iconographie, etc.) que ceux qu’on trouve dans les colonnes des journaux et des magazines consacrés à la création contemporaine. La période que nous vivons représente une sorte de flottement où chacun essaye de poser les balises à la fois d’un usage singulier d’une parole sur le web, et du monde de l’art dans le contexte d’Internet. À bien des égards, cette période pourrait ressembler aux prémices de la critique d’art, alors que des « plumes » s’essayaient à l’exercice du compte rendu de Salon. Au18e siècle, les ambitions des auteurs étaient diverses, mais ce qui les rassemblait était la volonté de porter une parole publique sur l’art de leur époque, que celle-ci soit journalistique, esthétique, historique, sociale ou ironique. Mais même si la posture de l’« amateur » était populaire chez les critiques d’art du début du 18e siècle, la profession s’est rapidement structurée et le type d’écriture pratiqué est devenu un genre en soi. Le mode d’apparition des premiers critiques d’art et celui des blogueurs actuels admettent alors quelques similitudes : comme la critique de Salon a vu se multiplier les profils d’auteurs (journalistes, écrivains, politiciens, polémistes, satiristes, etc.), de même les blogs sur l’art expriment-ils divers types d’engagements de la part de leurs auteurs. Mais comme cela s’est produit pour la critique d’art, on observe que ceux qui poursuivent leur activité avec régularité répondent finalement à un profil assez uniforme. Reste à déterminer ce que la blogosphère artistique peut apporter au discours sur l’art actuel, et dans quelle mesure les blogueurs sont à même d’alimenter un débat qui semble limité à la portion congrue dans la critique d’art « papier ».

 

Maxence Alcalde

Catherine Meurisse, Le Pont des arts, Paris, Sarbacane, 2012.

Catherine Meurisse, Le Pont des arts, Paris, Sarbacane, 2012.

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Marc Lenot « Lunettes Rouges » : http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr

Marie Deparis-Yafil : http://mariedeparis-yafil.over-blog.com/

Thierry Hay : http://culturebox.francetv.fr/le-blog-de-thierry-hay/

Claude Guibert « Chroniques du chapeau noir » : http://imago.blog.lemonde.fr/

Marie de la Fresnaye : http://beautifulanddelights.blogspot.fr/

http://tranversales.blogspot.fr

Élisabeth Lebovici : http://le-beau-vice.blogspot.fr/

Joël Riff « Chronique Curiosité » : http://chroniquecuriosite.wordpress.com/

Anne Kerner : http://www.ouvretesyeux.fr/

Maxence Alcalde : http://osskoor.com/

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[1]              Les rapports annuels « State of Blogosphere » depuis 2004 sont disponibles sur le site http://technorati.com

[2]              La première interphase de blog grand public Blogger date de 1999 et on assiste à l’explosion de la création de blogs en 2004-2005, date où apparaissent le plus d’articles sur ce phénomène. 2006 marque un tournant avec l’apparition de réseaux sociaux comme Facebook et Twitter.

[3]              « Journal extime » par opposition au « journal intime » dont l’essence est de se cantonner à une écriture souvent secrète et une consultation privée (Sébastien Rouquette, « Les blogs “extimes” : analyse sociologique de l’interactivité des blogs », tic&société. [En ligne], Vol. 2, n° 1 | 2008, mis en ligne le 13 octobre 2008 (consulté le 12 octobre 2012). URL : http://ticetsociete.revues.org/412).

[4]              « La critique d’art sur Internet », table ronde organisée par Jens Emil Sennewald à l’Institut suédois de Paris avec Erlend Hammer (rédacteur en chef de la revue scandinave Kunstkritikk), Émilie Bouvard (rédactrice en chef du site Portraits), Christian Gattinoni (rédacteur en chef de la web-revue lacritique.org), Jean-Louis Poitevin (rédacteur en chef de la web-revue TK-21.com) et Philippe Régnier (directeur de la rédaction du journal électronique Le Quotidien de l’art). Un compte rendu détaillé de cette rencontre est disponible sur http://osskoor.com/tag/jens-emil-sennewald/ (consulté le 30 mars 2013).

[5]              Terry Teachout, « You, Too, Can Be a Critic. Regional arts journalists now have competition — the “artblog” », Wall Street Journal, 12 novembre 2005. <http://online.wsj.com/public/article/SB113174284984295097-9ZWbjroExleCWcCdIwgdCnCIjrY_20061112.html?mod=blogs&gt; (consulté le 21 février 2013).

[6]              Le « plus ou moins » se réfère ici au statut professionnel des rédacteurs qui peuvent être de simples stagiaires chargés d’alimenter un site en informations brutes (communiqués de presse, annonces, images, etc.) jusqu’aux journalistes culturels ou critiques d’art salariés par le site pour lequel ils écrivent.

[7]              L’ensemble des données suivantes proviennent du rapport 2011 de Technorati http://technorati.com/social-media/article/state-of-the-blogosphere-2011-introduction/

[8]              http://crennjulie.wordpress.com/

[9]              http://le-beau-vice.blogspot.fr/

[10]             http://tristantremeau.blogspot.fr/

[11]             http://heterotopiques.blogspot.fr/

[12]             http://paulardenne.wordpress.com/

[13]             http://crennjulie.wordpress.com/

[14]             http://www.schtroumpf-emergent.com/blog/

[15]             http://puteetcassecouilles.wordpress.com/

[16]             Bonnie A. Nardi, Diane J. Schiano et Michelle Gumbrecht, « Blogging as Social Activity, or, Would You Let 900 million People Read Your Diary ? », CSCW’04, Vol. 6, n° 3, Chicago, Illinois, USA, novembre 2004, en ligne :

http://www.darrouzet-nardi.net/bonnie/pdf/Nardi_blog_social_activity.pdf (consulté le 21/02/2013)

[17]             Bonnie A. Nardi, Diane J. Schiano et Michelle Gumbrecht, art. cit., p. 230.