Triennale du Palais de Tokyo : Intense Proximité ?

vue de la salle consacrée à Thomas Struth, Triennale, Palais de Tokyo, 2012.

Cette histoire de triennale avait assez mal commencé. Initié en 2006 par le Premier Ministre d’alors, l’évènement — qui s’appelait encore La Force de l’art  — devait servir à se construire une stature culturelle à un Dominique de Villepin lorgnant du côté de l’Elysée. Le but était de défendre un art « made in France ». Les deux premières éditions se sont tenues au Grand Palais et, à vrai dire, n’ont laissé un souvenir impérissable à personne.

Confiée à Okwui Enwezor et signant la réouverture du Palais de Tokyo, l’édition 2012 de la Triennale était très attendue. Enwezor est connu pour ses textes engagés et une réflexion solide liée aux théories postcoloniales, notamment publiée dans sa revue Nka… c’est dire l’amplitude du grand écart avec les précédentes éditions de la Triennale !

Alors comment rater une expo organisée par un commissaire d’exposition passionnant, de très bonnes pièces (Thomas Struth, Julien Salaud, Camille Henrot, Abdel Abdessemed, etc.) et un lieu grandiose ? C’est simple : oublier que le public existe !

Le problème principal d’Intense Proximité (outre ce titre grotesque!) est qu’il est impossible au visiteur de comprendre ce qu’il s’y joue : les seules informations offertes au visiteur se limitent  — dans le meilleur des cas  — aux cartels des œuvres. Les textes explicatifs qui devaient initialement accompagner les œuvres ont finalement disparu pour ne figurer que dans le fascicule de l’exposition (vendu 10 euros) ! C’est d’autant plus dommage que les expositions d’Enwezor ont une portée politique forte qui se mure hélas ici dans un mutisme gênant par l’absence de médiation.

Ainsi comme l’affirme André Rouillé dans son édito n°388 : « Il s’agit là d’une erreur curatoriale grave dans laquelle succombent aujourd’hui de nombreuses expositions d’art contemporain, et à laquelle n’échappe pas La Triennale 2012. Tout se passe en effet comme si les curateurs surestimaient la part visible des œuvres au point de croire possible de les dissocier, sur les cimaises, de leur part discursive; au point de suspendre ainsi les œuvres dans le vide de l’a-signifiance en les privant du socle verbal et conceptuel sur lequel elles, et leur agencement en exposition, prendraient sens; au point de traiter les œuvres contemporaines, toujours éminemment conceptuelles et processuelles, et de concevoir des expositions, toujours plus théoriques, à la manière d’antan où le beau se croyait sans concept… »

Sous sol du Palais de Tokyo (ancienne cinémathèque)

Alors comme on n’entrave que pouic à l‘Intense Proximité, on se rabat naturellement sur le lieu lui-même, et il faut dire que le réaménagement du Palais de Tokyo vaut le détour. On ne peut qu’être fasciné par l’aspect grandiose de la « rénovation » des lieux. Le plus spectaculaire reste le sous-sol du musée laissé à l’état brut, décloisonné, donnant une impression post-apocalyptique saisissante. Ici, les cartels ont quasiment disparu, les espaces sont immenses, labyrinthiques, les projections semblent tourner à vide : on se croirait dans un roman de Maurice Dantec, quelque part entre Sarajevo et Dagobah . Les salles de projection de l’ancienne cinémathèque ont été conservées, mais les sièges ont disparu au profit de poufs rectangulaires minimalistes. Peut-être est-ce là la véritable surprise de cette réouverture !

Julien Salaud, Grotte Stellaire, 2012 (sous sol, ancienne cinémathèque).

Camille Henriot, Est-il possible d’être révolutionnaire et d’aimer les fleurs ?, 2012.

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