copinage

Oyé, oyé! (intermède troubadour)

Très riches heures du duc de Berry, Ms. 65, f. 5 v(©) RMN (Domaine de Chantilly)  René-Gabriel Ojéda_0

Juste un petit post pour signaler la mise en ligne d’un nouveau blog dans lequel je narre la désertification culturelle actuellement en marche au travers d’une fresque épique. J’ai appelé ça Les Riches Heures du Royaume d’Heurablais, je ne sais pas combien de temps je vais tenir cette histoire, mais pour le moment ça m’amuse assez…

Art Speaks for Itself : hub for international curators.

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Un peu de promotion pour ce Hub lancé par l’artiste Arnaud Cohen et auquel je suis associé.  Art Speak for Itself se propose d’accueillir un critique d’art, chercheur,  intellectuel, commissaire d’exposition etc. dans un appartement parisien pour une période à déterminer. Seule contrepartie, l’invité doit organiser un dîner durant la durée de son séjour.

Toutes les informations ici 

et les candiatures là 

J’en reproduis ici l’argumentaire :

CONTEXT

Since the end of the avant-gardes, or the beginning of postmodernism, contemporary art has taken countless directions, with no hierarchy. This has allowed for a certain equilibrium in the development of a great variety of artistic, as well as critical and curatorial, talents. It seems to me that this balance is dangerously challenged by the ever-increasing intervention of major players from the commercial sphere. For them, art is at once a device that enables tax relief but mostly, a marketing tool. Alongside the rise of the figure of the artist as curator, this interventionism contributes to establishing the domination of only one of the numerous currents of art today. This current is at crossroads between conceptual art, abstraction and design. Albeit very honourable, this wave produces artworks which are knowingly devoid of societal commentary and allows for the application of any discourse. The promoted artworks, and the artists themselves, are then reduced to being notes on a musical score written by others. This shift is global and follows the move towards planetary standardisation of modes of consumption wanted by the big players in the commercial sector who are always seeking large scale economies.

THE ART SCENE IN PARIS

For decades, the only French artists to emerge on the international stage were expatriates. And yet, Paris has great assets. International collectors and curators flock here during the large events like the Fiac or Paris Photo. Furthermore, the creativity of French critical thinking is such that the likes of Duchamp, Foucault, Debord, Deleuze, René Girard (and through him Roland Barthes, Jacques Derrida, Jacques Lacan), Baudrillard, continue to inspire artists worldwide.

Paris was a haven for the arts until 1940. Now Paris can function as a hub. You pass through and interconnect. It can contribute to the emergence of creative forms that differ from what is dictated by large firms trying to control human desires. It is with this objective in mind that the first artist-run residential hub for international curators is launched in Paris. Others will follow.

PROJECT

Before going global, the project will occur first in an apartment in the Marais, the area in Paris with the biggest concentration of contemporary art galleries. Two bedrooms, a large table and French cuisine. Curators and heads of exhibition venues from all over the world will be welcomed in residence for a few hours or several weeks. The only aim is to allow dialogue and critical thinking on issues that matter today: art that speaks for itself. Its breadth of meaning will force international firms to take more than a minute to amalgamate it into their communication drive. This space will defend the non-interchangeability of artists, critics and curators. Guests will be selected for their capacity to interrogate the homogenous French way. Thus, around a table, this project aims to return Rabelais to the French spirit and create long-term links between different French and international players open to debate in a convivial setting. Welcome to a post internet wold!

PRACTICALITIES

An international guest curator/critic/director (selected from the proposals made by the Parisian board of advisers and friends) will choose the second international guest curator/critic/director with whom they would like to share a dinner, a week. This is an occasion to meet, brainstorm, and potentially conceive a project that would not necessarily occur in Paris or even in any near future. One or several dinners will be hosted with the guests, depending on the length of their stay. Freedom of speech is viewed as precious. Non-members will only have access to fragments of information, via this website. Accommodation and the hosted dinners will be provided, but travel will need to be financed by the guests themselves unless their situation really doesn’t allow this (exceptional applications for travel bursaries will be accepted).

Project led by French artist Arnaud Cohen

Cohen envisages this project as an artwork bridging different fields. This approach follows on from previous experiences such as: Espaces Augmentés / Expanded Spaces or Save the Market (more on www.arnaudcohen.com)

« Abruit » à la Galerie 65 du Havre

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L’exposition « Abruit » est une vaste programmation qui court sur plusieurs mois et s’inscrit dans plusieurs lieux du Havre à Paris liés par le festival « Art Sequana 2« . Impossible de parler de l’ensemble  tant le territoire couvert est vaste (et que je n’ai donc pas parcouru!), je m’attarderai donc sur le volet havrais.

Commisariée par Emmanuel Lalande et Jean-Paul Berrenger, l’exposition s’ouvre sur une installation de gros haut-parleurs disparates disposés en spirale. Tourbillonnant à souhait, cette pièce diffuse un son qui poursuit de visiteur. Bien plus que par les sons  sporadiques, on est happé par le mur d’ampli —  véritable sculpture qui constitue cette oeuvre. Alors, on a l’impression de se retrouver devant une sorte « d’archéologie du mur d’ampli », dispositif cher aux groupes de rock les plus bruyants et qui ici fait office de sculpture sonore énigmatique.

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La deuxième salle de l’exposition dévoile une collection de pochettes de disques achetés en brocantes et vides-greniers par l’artiste Patrice Caillet (Discographisme Récréatif). Chacune des pochette a été customisée par son précédent propriétaire, transformant ces objets en journaux intimes. Ainsi, des pochettes de disques sans grand intérêt acquièrent une force d’évocation par leurs personnalisations : mots d’amour, dédicaces, souvenirs de boom, autel dédié à une vague chanteuse du Top 50 oubliée depuis, substitution de pochette, etc. Oeuvre quasi-sociologique, la collection de Patrice Caillet interroge nos usages de la culture de masse jadis diffusée au travers des disques vinyles. Cette touchante collection exprime la part de vandalisme enfouie dans la créativité domestique de nos contemporains. Car, il fut un temps où l’appropriation d’un objet aussi uniforme qu’un disque —  produit à plusieurs milliers d’exemplaires et diffusés dans le monde entier —  offrait malgré tout une part d’appropriation personnelle sur sa surface cantonnée.  Alors évidemment, ça rend un peu nostalgique : essayez donc de graver votre amour de Mireille Mathieu sur un fichier mp3!

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chatsauvagesen-souvenirdunefilleTroisième est dernière pièce de cette exposition très cohérente: un jukebox diffusant des extraits de silences prélevés dans la musique mainstream et savante. L’apache qui sommeille en chacun de nous peut indistinctement lancer un silence de Souffly ou de John Cage parmi d’autres. Pièce déceptive s’il en est  — lorsqu’on appuie sur un bouton du jukebox aucun son ne semble en sortir — ce jukebox est un avant gout d’une complil’ de silences rassemblés par Adam DavidPatrice Caillet et Mathieu Saladin (The Sound of Silence). La parution du vinyl regroupant ces silences inspirés  — qui aurait du sortir pour l’exposition (co-édition INcertain Sens, ESADHaR, etc.)  — a hélas été retardée pour des problèmes de droits. Le législateur  — en fin mélomane  — a lui aussi compris que le silence d’après Mozart est encore du Mozart et que, pour le coup, ce silence devait se traduire en monnaie sonnante et trébuchante !

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à signaler la résidence à l’ESADHaR de Jacques Brodier et son étonnant « Filtre à réalité » qu’on a pu écouter sur Radio PiedNu entre le 21 et 25 janvier 2013.

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Jacques Brodier, Filtre à réalité, 2013.

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Galerie 65
65 rue Demidoff,76600 Le Havre
02 35 53 30 31

http://www.esadhar.fr

Exposition du 15 janvier au 15 février
du lundi au vendredi de 14h à 18h
vernissage le 15 janvier à 17h30
Patrice Caillet, Adam David, Mathieu Saladin,
Altération 276

UPLOLOLOAD, Eloge de la réalité diminuée

9 novembre – 22 décembre 2012 / vernissage le 8 novembre 18h00-22h00
UPLOLOLOAD
Eloge de la réalité diminuée
Commissariat :
Maxence Alcalde, Caroline Delieutraz
Artistes :
Aram Bartholl, Emilie Brout et Maxime Marion,
Thomas Cimolaï, Arnaud Cohen, Caroline Delieutraz, Soraya Rhofir

Eloge de la réalité diminuée

Cela fait maintenant une vingtaine d’années que l’on a pris l’habitude d’échanger des informations via internet, qu’il s’agisse du désormais traditionnel courrier électronique jusqu’aux sites personnels. Ces dernières années, ce fut le tour des blogs et des sites communautaires. Chacun de ces éléments font désormais partie de notre quotidien. Dans les entreprises, un PowerPoint vaut mieux qu’un long discours, les Ministres tweetent leurs états d’âme, les gamins se likent sur Facebook, n’importe quel quidam surveille sa e-réputation. Parallèlement, des plateformes de jeu en ligne se sont développées, « univers persistants » dans lesquels quelques individus passent l’essentiel de leur temps. Pour ces « no life » paradigmatiques, le monde soi-disant « virtuel » est devenu celui qu’ils fréquentent le plus assidument, ils y ont leurs ami(e)s, leurs habitudes, leurs histoires d’amour, etc. Vient alors le temps où se pose la question d’un téléchargement de l’on-line vers le off-line, celui d’un recodage organique des univers numériques…

« Uploloload » propose un questionnement sur ce recodage comme manière de défaire des mondes. Il s’agit d’une mise en échec du réel par le numérique, lorsque le réel cherche à mimer le numérique. C’est une stratégie de l’échec orchestrée par main humaine face à l’hyper dextérité virtuose de la machine.

« Uploloload » joue sciemment sur l’ambiguïté des valeurs et de la légitimité accordées à nos repères formels. Tout le monde voit ce qu’est une œuvre d’art, de la même manière que tout le monde voit ce qu’est une image numérique. Mais dès lors qu’on creuse la question, les réponses évidentes s’effacent pour laisser place aux questionnements plus profonds. Il faut retourner au « code » de chacun des éléments, à leur ADN métaphorique, leurs plus petits dénominateurs communs.

Figure de proue de la nouvelle génération du net art, Aram Bartholl a pris l’habitude d’immiscer des éléments du net dans notre quotidien. Connu pour ses icônes Googles Map monumentales, l’artiste propose ici un réseau P2P primitif. Dans le mur extérieur de la galerie 22,48 m ², Aram Bartholl cimente une clé USB laissée à l’usage de tous. Chacun peut y déposer ou y prélever des fichiers, même en dehors des horaires habituels d’ouverture du lieu. Volontairement low tech, cette œuvre ré-initie la valeur matérielle du troc, voire la pratique ancestrale des offrandes précieuses faites aux pieds des totems.

Les avions de chasse convoqués par Thomas Cimolaï semblent familiers, du moins dans les espaces virtuels des jeux vidéo ou de ce qu’on appelait encore dans les années 1990 les « images de synthèse ». C’est sur ce langage commun qu’évolue Cimolaï avec ses Trophées du 6e continent, sur l’étrange familiarité ressentie face à des engins de guerre que curieusement personne n’a jamais réellement croisés.. Imprimés sur des bâches et disposés sur des patères, ces avions virtuels font office de trophées de chasse, de peaux de bêtes arrachées à la nature au prix d’un combat aussi vain que viril.

La transhumance des iconographies, telle est l’obsession de Soraya Rhofir. L’artiste opte généralement pour la propagation dans l’espace d’exposition de ses figures prélevées aussi bien sur le net que dans d’anciens manuels de management. Foncièrement virales, les installations de Soraya Rhofir saturent le regard avec des images déjà vues et contraignent notre déplacement par ces silhouettes de carnavals aux allures Dickiennes. Les images se transmuent en autant de moutons électriques errant dans l’espace neutre de la galerie, ne sachant plus où brouter. Le spectateur devient embedded — pour reprendre le terme utilisé par l’armée américaine pour qualifier les journalistes « indépendants » incorporés aux unités militaires pendant la deuxième guerre du Golfe. Ici, les possibilités de repli et les conditions d’objectivité semblent exclues car plus personne n’est capable d’identifier l’objet du réel. Pour « Uploloload », Soraya Rhofir propose une installation spécialement conçue pour l’exposition.

Internet a incontestablement bouleversé la cinéphilie. Là où il y a encore une vingtaine d’années il fallait attendre les rétrospectives pour voir un film dont on avait entendu parler, désormais ces œuvres sont disponibles quasi immédiatement et échangeables tout aussi rapidement. Dès lors, il devient possible de se forger une culture cinéphilique même dans des lieux jadis identifiés comme des « déserts culturels ». Emilie Brout et Maxime Marion sont de cette génération et ils ont choisi de rejouer à leur manière — comme des enfants dans une cour de récré — les scènes de films cultes. Leurs billes seront les paysages générés par Google Map, leurs compagnons de jeux Stanley Kubrick, Sergio Leone, Federico Fellini, Francis Ford Coppola, Michelangelo Antonioni, Steven Spielberg… Les deux artistes reproduisent les mouvements de caméras des scènes légendaires de ces films, parfois même jusqu’à l’absurde. Le climax du dispositif du duo est atteint lorsqu’ils « re-filment » la fameuse scène de terrain de tennis de Blow Up : ici, le mime et la balle de tennis « imaginaire » ont disparu, subsistent seulement les mouvements de caméra.

Ne perdons pas de vue « qu’internet, c’est sympa ». Du moins, c’est ce que semble nous raconter les trois Smileys d’Arnaud Cohen. Les Smileys revanchards sont composés de cercles en ardoise sur lesquels sont positionnées des pièces de monnaies afin de former les fameux émoticons. En y regardant de plus près, on s’aperçoit que ces pièces de monnaies sont celles qui étaient en usage sous le régime de Vichy. Le « sympa » se fige alors en « lugubre », en sourire borgne de l’officier SS fantasmatique des films de guerre. Mais chez Arnaud Cohen, le recodage a largement échoué dès lors qu’il doit faire avec la mémoire historique des lieux, les mauvais génies. Rapport étroit entre vie et mort, sourire et cri, les Smileys trouvent finalement leur place dans le genre bien connu des peintures de Vanités.

« Le pire n’est jamais certain ? », c’est du moins ce que semble annoncer Caroline Delieutraz avec ses Google Marque-pages. L’artiste répertorie les mots clés associés aux livres qu’elle choisit, puis recopie les publicités que Google leur associe. S’en suivent une série de marque-pages publicitaires « bien réels » que l’artiste dissémine dans diverses bibliothèques (BNF, BPI, etc.) et qui viennent interpeler le lecteur comme autant de pop-up publicitaires débordant d’internet.

Nul doute alors que chacun des artistes présentés à « Uploloload » signe l’échec du monde off-line, celui de la « réalité diminuée » qui vient s’écraser mollement sur la luxuriante « réalité augmentée ».

Maxence Alcalde

Les commissaires : Maxence Alcalde est critique d’art, commissaire d’exposition et bloggeur. Docteur en esthétique.  Auteur de L’Artiste Opportuniste (L’Harmattan, 2011). Caroline Delieutraz est artiste, membre du collectif Microtruc.

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In praise of a diminished reality

exhibition 9 November to 22 December 2012 / Round table 23 November at 7 pm

Artists:  Aram Bartholl, Emilie Brout et Maxime Marion, Thomas Cimolaï, Arnaud Cohen, Caroline Delieutraz, Soraya Rhofir

Curators : Maxence Alcalde and Caroline Delieutraz

It’s been two decades now that we use Internet to share information, starting from what one may now call the traditional email, right up to personal websites. In recent years we saw the rise of blogs and community sites. All these elements are now part of our daily lives. In business, a Powerpoint presentation is more appreciated than a long speech, ministers tweet their thoughts, the kids like each other on Facebook, everybody watches their e-reputation.

The same period saw the development of platforms for online games, « persistent universes» where some people spend most of their time. For the typical « no life », the so called « virtual » world has become the world he most frequently visits, it’s the place that brings together his friends, habits, love stories etc. Finally we need to ask whether we’re downloading the online towards the offline, and with it whether it’s time for a substantial recoding of the digital universe.

« Uploloload » proposes an investigation into the basic recoding of all things digital as a form of deciphering various worlds. It’s about the digital defeating the real, when the real in turn tries to mimic the digital. It’s a manmade strategy of defeat in front of the machine’s virtuous hyper dexterity.

« Uploloload » plays deliberately with the ambiguity of our values and with the legitimacy we attribute to our system of references. Everybody knows what’s a work of art, in the same way as everybody knows what’s a digital image. But if you dig further, the obviousness of the answers fades leaving space for more profound questionings. It’s important to get back to the « code » of each of the elements, to their metaphorical DNA, their lowest common denominator.

Key figure of the new generation of net art Aram Bartholl made a habit of inserting elements of the net into our daily lives. Known for his monumental Googles Map icons, the artist presents us with a simple peer-to-peer network. It’s centred around a USB stick embedded into the exterior gallery wall which will be available for everyone to use. Everybody is invited to drop or retrieve files, even if the gallery is closed. Deliberately low tech, this work revives the material value of barter, or even the ancient practice of precious offerings made at the foot of totems.

The fighter planes presented by Thomas Cimolaï seem familiar, at least in the virtual worlds of video games or in what was still known in the 1990s as « computer animation ». It’s this kind of common language that forms the base of Cimolaï’s Trophies of the 6th continent, feeding the strange familiarity we feel in front of war machines that – curiously – nobody ever really saw. Printed on canvas sheets and displayed on coat hooks, these virtual aircrafts act as hunting trophies, and remind one of animal skins torn from nature at the price of a battle that’s as futile as virile.

The « transhumance » of iconographies is the subject of Soraya Rhofir‘s artistic obsessions. The artist opts for a display of figures taken both from the net and old working manuals. Inherently viral, Soraya Rhofir’s installations saturate the eye with images already seen and direct our movements through carnivalesque silhouettes and gestures reminiscent of Dickens. The images transmute into electric sheep wandering the neutral gallery space, no longer knowing where to graze. The viewer becomes embedded  – to borrow a term used by the U.S. military to describe « independent » journalists incorporated in military units during the second Gulf War. Here, withdrawal and objectivity seem impossible, because nobody is able to identify the object of the real. For « Uploloload », Soraya Rhofir presents an installation specifically designed for the exhibition.

Internet has undoubtedly changed the work of cinephiles. If twenty years ago, in order to see a certain movie, you had to wait for a retrospective, nowadays it’s immediately available and as quickly interchangeable. It’s now possible to become a cinephile even in places formerly considered as « cultural deserts ». Emilie Brout and Maxime Marion are part of that generation and they decided to recreate, in their own way, selected scenes from cult movies, like kids in a playground. Playing with landscapes from Google Map, and playmates like Stanley Kubrick, Sergio Leone, Federico Fellini, Francis Ford Coppola, Michelangelo Antonioni, Steven Spielberg… the artists reproduce camera movements of the films’ legendary scenes, sometimes taking them to the absurd. When they « re-film » the famous tennis scene in Blow Up, they reach the climax of their endeavour, as they replace the mime show and the «imaginary» tennis ball with nothing else than camera movements.

Let’s not forget « that the Internet is fun ». At least that’s what the three Smileys by Arnaud Cohen seem to suggest. The vengeful Smileys are made of circular slate discs featuring coins that form those famous emoticons. Looking closer one realizes that these coins circulated under the Vichy regime. Hence, the « fun »-part turns into something « lugubrious », reminiscent of the haunting blind smile of an SS officer. But with Arnaud Cohen, the recoding process has largely failed when it comes to the historic memory of places. Closely linking life and death, smiles and tears, the Smileys finally find their place among the well-known genre paintings of the Vanities.

«The worst is never certain?», at least that’s what seems to announce Caroline Delieutraz with her Google bookmarks. The artist lists keywords associated to selected books, and subsequently copies the adverts Google links to them. What follows is a series of «quite real» advertising bookmarks which the artist distributes in various libraries (BnF Bibliothèque Nationale de France, BPI Bibliothèque Publique d’Information).

There’s no doubt then, that each of the artists presented in the exhibition «Uploloload» underline the defeat of the off-line world, that of a « diminished reality » softly being crushed within a luxurious «augmented reality».

Maxence Alcalde

The curators : Maxence Alcalde is an art critic, curator of exhibitions and blogger. He holds a doctorate degree in aesthetics and is the author of  L’Artiste Opportuniste (L’Harmattan, 2011). Caroline Delieutraz is an artist and a member of the art collective Microtruc.

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TABLE RONDE  « L’art numérique est-il soluble dans l’art contemporain ? »
Vendredi 23 novembre 2012 à 19h
Coordonnée par Maxence Alcalde
Intervenants :
Emilie Bouvard, critique d’art, rédactrice en chef du site « Portraits La Galerie »
Emilie Brout et Maxime Marion, duo d’artistes
Alexandre Callay, collectionneur curieux

(entrée libre)

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22,48 m²
30 rue des Envierges 75020 Paris
métro : Jourdain / Pyrénées ligne 11
tél. : +33 (0)9 81 72 26 37
www.2248m2.org
contact@2248m2.org

OUVERT : du mercredi au samedi de 14h à 19h

Max Fécamp, Oracles hauts des espoirs. Prédictions cafédomanciennes offertes à l’Apocalypse.

 Texte écrit pour la notice du livre d’artiste de Max Fécamp, Oracles hauts des espoirs.

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Oracles hauts des espoirs est une expérience de divination par cafédomancie menée par Max Fécamp entre le 21 novembre et le 21 décembre 2011. L’artiste propose une interprétation des événements qui se dérouleront durant le mois menant à la supposée fin du monde selon le célèbre calendrier maya. Bien qu’ironique au premier abord, ce livre d’artiste n’en est pas moins une réflexion sur l’interprétation des signes en général (de l’esthétique à la critique d’art) jusqu’au livre d’artiste en tant que tel.

Le mode opératoire de Max Fécamp est simple : une fiche bristol quadrillée sur laquelle est renversé le marc d’une tasse de café. Le marc imprime une forme qu’il convient d’interpréter. Or l’artiste ne fournit aucune piste : c’est au lecteur qu’il revient la tâche de lire le marc de café.

La structure du livre représente également une prise de parti radicale.

Tout d’abord, le livret est tiré sur des photocopieurs standards et imprimé sur du papier standard comme pour mimer les brochures autoéditées qu’on trouve dans les librairies d’ésotérisme. Max Fécamp joue alors sur le registre des brochures d’ésotérisme et de magie et n’hésite pas à y insérer quantités de symboles incongrus. Par exemple, la croix à six branches cerclée symbolise à la fois l’infini et la circularité. Mais cette croix peut aussi être interprétée comme un symbole satanique reprenant le 6-6-6 (6 pointes, 6 branches, 6 intersections).

Les phrases en latin inscrites autour du cercle n’ont rien de mystique ou d’ésotérique : il s’agit simplement de locutions latines prélevées au hasard par l’artiste dans un dictionnaire (« Amicus plato sed magis amica veritas » et « abyssus abyssum invocat » qu’on traduit respectivement par « Platon m’est cher, mais la vérité m’est encore plus chère[1] » et « l’abyme appelle l’abyme »). Le hasard a fait que ces locutions mises l’une à côté de l’autre et insérés dans le contexte d’Oracles hauts des espoirs acquièrent un sens particulier renforçant le mysticisme granguignolesque du geste de Max Fécamp.

Le colophon placé en fin d’ouvrage est lui aussi un texte codé. Le texte, en langage elfique élaboré par JRR Tolkien, donne les indications de copyright (Copyright Max Fécamp 2012). En dessous, l’ISBN est naturellement un faux numéro renvoyant à un cryptage satanique : l’addition des sept premiers chiffres donne le nombre 13 et les 3 derniers chiffres forment à nouveau le 6-6-6. On peut même observer ce qui apparaît comme une faute de frappe à la fin du colophon « dépôt létal mars 2012 ». Finalement, le seul élément « réel » de ce livre d’artiste semble être la mention faite au marché de l’art avec la numérotation des livres sur 50 exemplaires…

Maxence Alcalde

Max Fécamp, Orales hauts des espoirs, 2012.
Livre d’artiste, impression numérique n&b sur papier 80 g., 21 x 14, 8 cm, 36 pages, 7 euros (allez ici pour vous le procurer).

[1] Aristote, Ethique à Nicomaque, I, 4.

L’œuvre se fout-elle du Monde ?

Les Euménides est une groupe de personnes qui teste des nouvelles formes de collaborations artistes et culturelles, donc ça vaut le coup d’aller y jeter un oeil (je ferai probablement une intervention pendant la session du mercredi 8 juin)

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Session #5, rendez-vous des pratiques culturelles

L’œuvre se fout-elle du Monde ?
À partir de 19h30 à la FLAQ, le mercredi 8 juin,
36 rue Quincampoix,
métro Rambuteau/Hôtel de ville/Châtelet-les-Halles
Ouvert à tous, participation de 1 euro.

L’artiste, ce personnage déconnecté des réalités communes, n’est-il pas le symbole de l’individualisme ?
En y réfléchissant, poser du papier toilette sur un ventilateur (cf. Gabriel Orozco), n’est-ce pas une manière de dire aux autres: “je fais ce que je veux et je me fous de ce que vous pensez !?” Mais dans quelle mesure l’Art et la Culture nous intéressent s’ils ne parlent pas un peu de nous et du Monde ?

Nous parlerons d’éco-sophie et d’éco-logie. L’Écologie de l’art s’intéresse à l’interaction du Monde de l’Art avec le Monde. Les relations étudiées vont des plus communes, comme les relations artiste/œuvre, public/œuvre, jusqu’aux relations plus inattendues entre art/urbanisme, art/social, art/économie. Au travers de l’écosophie, il s’agit de penser les choses par leur milieu afin de mieux cerner les interactions entre disciplines et sortir l’art de son repli sur lui-même.

Les indésirables / BD
Yannick Lelardoux
La nature est très proche, même en ville des espèces uniques au monde habitent des espaces inconnus du grand public. Par son expérience du terrain, Yannick défend la nature en ville depuis 15 ans, il nous parlera de ces espaces au travers de la bande-dessinée.

Le Design et son processus 
de production / Arts Appliqués
Stanislas Rak
Designer et scénographe, Stanislas Rak soulève la question de la place de l’homme dans l’industrie. Un designer peut concevoir l’objet le plus vertueux, si son procédé de fabrication ne l’est pas le projet échoue. Il nous posera un cas concret de réflexion de design écosophique.

Titus d’Enfer / musique-performance
Michaël Marchal
« Me voilà déjà loin, oh oui, si loin de ce château qui assista à ma naissance et qui vit de ses yeux globuleux la floraison de mes 18 bras, qui selon la tradition, furent coupés chaque année, comme on élague à chaque saison le pachydermique Boileau de la cour aux escargots. Quelle tristesse ressentie lors de la perte de mes bras, aujourd’hui je n’en possède plus que deux, mais je les offrirais volontiers à celui qui rendrait à mon royaume le prestige de la vie d’antan! Oh oui, mon corps s’il le faut ! A présent, ce même corps est jeté sur les routes, il ne reste plus qu’à chanter l’exode, la li la la… » …

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Les sessions qu’est-ce que c’est ?
Les Sessions sont des espaces de recherche sur les pratiques culturelles et artistiques actuelles.

Une fois par mois, les Sessions vous invitent à découvrir des travaux en cours de création. Réunis autour d’un même thème, leurs choix techniques, plastiques, et symboliques y sont décryptés. Les spectateurs y participent activement. Cette collaboration, entre le public, les experts et les intervenants eux-même, a pour objectif de questionner nos attitudes et nos savoirs face à la création.

Ici, il n’est pas question de démontrer l’efficacité ou la maladresse d’une proposition, et encore moins de la critiquer à travers les goûts de chacun. Chaque intervention apporte un éclairage nouveau, un point de vue singulier au thème qui régit la rencontre. Par ailleurs, nous soulignons les tensions opérées entre les choix techniques et leur capacité à symboliser l’intention qu’ils portent.

www.leseumenides.org