art à la télé

Desperate Housewives versus Monde de l’art : l’artiste (1)

Poster des Guerrilla Grils, 1993.

Je n’ai pas l’habitude de m’entretenir dans ces colonnes de sujets aussi fondamentaux que de savoir ce qu’est un artiste pour les ménagères désespérées. Mais comme la dernière saison des filles de Westeria Lane vient de se terminer sur une intrigue artistico-barbouille, je dois m’y résoudre, croyez-le, dans la souffrance et la contrition.

Les problématiques quasi kantiennes ouvrant un chapitre inédit de La Critique de la faculté de juger du philosophe du Köningsberg  ne courent hélas que sur 4 épisodes de la 8e saison, mais elles ont de quoi rebattre vigoureusement les cartes de l’histoire de l’art, de l’esthétique, voire de l’humanité.

Résumé :

C’est au cours de l’épisode 4 qu’on entend parler pour le première fois d’Andre Zeller (Miguel Ferrer). Cet artiste renommé vient d’échouer dans la fac de notre charmante banlieue pour y donner des cours de peinture très prisés, tant et si bien que Suzanne (Teri Hatcher) tuerait père et mère pour y être admise. Elle va donc montrer son pitoyable book au Maître. Ce dernier l’envoie évidemment bouler en lui disant que ce qu’elle fait n’est pas de l’art. Furieuse, Suzanne saccage une toile en y jetant de la peinture sous le regard médusé du Maître… un génie est né ! Et ça tombe plutôt bien car Zeller décide de prendre Suzanne dans son cours pour voir la "femme furieuse" qui sommeille dans la ménagère…

Dans l’épisode suivant (au titre original très duchampien "the art of making art") Zeller organise une séance de nu qui fait ricaner Suzanne. Le prof décide alors qu’au prochain cours, tout le monde viendra nu. Evidemment, Suzanne est la seule à arriver en tenue d’Eve et s’enfuit ridiculisée. Mais le Maître, bien que bourru, va chez Suzanne pour tenter de la faire revenir au cours.

Dans l’épisode 8, Suzanne s’inspire du meurtre qu’elle a commis avec ses copines au début de la saison pour peindre une oeuvre qui émerveille Felix Bergman (Leslie Jordan) critique d’art et galeriste de Zeller.

Qui est l’artiste ?

Andre Zeller ou Suzanne Delfino ?

Evidemment, on serait tenté de répondre : Andre Zeller. D’abord, le personnage ressemble beaucoup à la figure archétypal de l’artiste américain d’après guerre : Jackson Pollock. Même calvitie, même regard pénétrant d’écorché vif, même agressivité, même look débraillé, même amour pour le geste et la pureté picturale, etc. Seule différence, Zeller n’est pas aussi gauchiste que son modèle (ni alcoolique, cette tare étant réservée aux latinos ou aux femmes dans Desperate Housewives), on est en 2012, faut pas déconner avec les trucs trop clivants !

Andre Zeller (Miguel Ferrer)

Jackson Pollock

On retrouve aussi une forme de misogynie virile qui avait caractérisé la génération des peintres de l’Action Painting. A plusieurs reprises, Zeller fait référence au statut de femme-au-foyer-en-banlieue-chic qui interdirait intrinsèquement à Suzanne d’avoir une véritable âme d’artiste. D’ailleurs, on comprend assez vite que, pour l’artiste, une femme sert principalement à deux choses : baiser (Zeller finit par se taper une étudiante, la chinoise hystérique (autre figure récurrente des comédies américaines) dont il dénigre publiquement le travail artistique) et s’occuper des enfants (c’est ce qu’il demande à Suzanne). Il n’a d’ailleurs pas tout à fait tort de penser ça, car en bon mâle Alfa, les femmes se plient naturellement à sa vision du monde.

Autre élément qui nous met sur la voie pollockienne : la robe que Suzanne porte lors de son premier entretien avec le peintre. Il s’agit d’une robe blanche constellée de giclures d’encre noire, sorte d’hybridation entre le dripping de Pollock et le zen japonais (une robe en dripping de toutes les couleurs aurait fait un peu trop prof d’arts plastiques des années 80!).

Suzanne Delfino lors de son premier entretien avec Andre Zeller (Desperate Housewives, saison 8)

Une des scènes les plus drôles de la saison reste le moment où Suzanne montre ses "oeuvres" à Zeller. Il faut dire qu’on a attendu huit saisons pour voir les fameux dessins de la dame. Evidemment, ils sont catastrophiques. Les dessins ressemblent plus à des illustrations pour cartes de voeux ringardes qu’à un travail artistique. Et c’est au bord de la gerbe que Zeller renvoie Suzanne en lui affirmant que ce qu’elle montre est sans intérêt…

Ce n’est que progressivement que Suzanne va accéder au statut d’artiste. D’abord, elle se met à jeter des couleurs sur une toile, puis à la lacérer dans une crise de démence contre son prof : ça sera une forme de révélation de son "âme d’artiste" . Par la suite, elle conquière son statut d’artiste en réalisant des toiles représentant des scènes macabres dans une verve expressionniste. Enfin, elle se lance dans la performance d’art institutionnel (malgré elle) en essayant de décrocher ses toiles lors du vernissage de son expo.

Les jolis dessins de Suzanne Delfino

Les jolis dessins de Suzanne Delfino

Je suis en colère et l’art s’empare de mon être inconsolable! (Suzanne Delfino réinvente l’Action Painting)

– Aaarg! fait l’artiste

La maturité de l’artiste (Toiles de Suzanne Delfino exposées dans la galerie de Felix )

Suzanne essayant de décrocher ses toiles lors du vernissage dans la galerie de Felix .

C’est vrai que la figure de l’artiste pollockien est facilement identifiable, notamment en Amérique du nord. Même si en France, la figure du peintre est plutôt liée à la bonne humeur de Picasso ou à la loufoquerie de Dali, l’artiste maudit (ou raté) et angoissé fait aussi parti de notre folklore.

Alors pourquoi réinitialiser la figure pollockienne de l’artiste à l’ère des Jeff Koons et Damian Hirst ? Pourquoi préférer les mains dans la barbouille à l’artiste businessman? C’est simple, dans le monde de Desperate Housewives où tout le monde ment, où chaque placard renferme une demi-douzaine de cadavres encore tièdes, l’artiste reste le seul "humain" authentique, car c’est bien connu, l’artiste ne ment pas!

Prochain épisode de Desperate Housewives versus Monde de l’art : le critique d’art.


Frédéric Mitterrand face aux "vrais gens"

Les émissions de Guillaume Durand sont toujours assez déconcertantes tant elles sont faites de bric et de broc et que l’animateur vedette s’arrange toujours pour que ses invités ne puissent jamais aller au bout de leur pensée. Mais lors de son Objet du Scandale d’hier soir, il faut avouer que le vieux-beau s’est surpassé avec une idée super neuve : faire une table-ronde avec quatre français face au Ministre de la Culture. Et comme Frédéric Mitterrand, actuellement en charge du marocain, n’est pas un Ministre comme les autres, il fallait des "vrais gens" triés sur le volet : un libraire moustachu, un représentant de la "France-d’en-bas-du-Nord", une femme (!) et un jeune animateur radio.

Frédéric Mitterrand

Comme les "vrai gens" ont la fâcheuse tendance à être un peu chiants, Guillaumounet a fait venir quelques uns de ses potes peoples connu pour apporter aux soirées de l’ambassadeur un vernis culturel toujours du plus bel effet.

Comme à son habitude, Frédo était clair, relativement précis dans ses interventions malgré la difficulté de l’exercice… car il faut dire que Guillaume Durand avait invité une sacrée bande d’abrutis, représentants télégéniques et caricaturaux de ce qu’ils sont sensés être.

Passons sur l’animateur radio (donc forcément jeune, "ben ouais coco c’est ça la FM") n’avait pour seule revendication que "les vieux lui laissent leur place, parce que les journalistes français sont nul comparés aux américain"… c’est dire la teneur hautement intellectuelle et documentée des propos de ce d’jeuns.

Passons également sur la "femme" qui semblait totalement perdue sur le plateau de Durand, un peu comme si elle s’était trompée de studio ("Euh, c’est pas ici pour l’émission de Delarue?").

Les deux cadors de ce plateau, hormis évidemment les peoples, étaient le libraire moustachu et le représentant de "la-France-d’en-bas-du-Nord".

Le représentant de "la-France-d’en-bas-du-Nord", dont le défaut d’élocution interdisait de comprendre la moitié de son discours, était sincèrement révolté par le fait que les concerts de Patrick Bruel sont trop chers et que les Français, comme lui, ne peuvent pas se permettre d’y aller. Là, on pouvait sentir que Frédo songait intensément au suicide (et pas nécessairement au sien), mais en gentlemen il tente avec un certain brio un coup d’empathie. Le représentant de "la-France-d’en-bas-du-Nord" revient à la charge en s’indignant également du prix des cd de Patrick BruelFrédo regarde le pauvre bougre avec une saine et touchante compassion… "Si vous saviez mon bon monsieur…"

Mais le plus balèze, le plus révolté, le plus "de gauche" (comme dans la chanson de Miossec), le plus "on-ne-me-la-fait-pas-à-moi", le plus Tout, était incontestablement le libraire moustachu. Probablement proche de la soixantaine, une moustache à la Vercingétorix, le cheveux long et l’œil vitreux, notre révolté libraire n’y est pas allé par quatre chemins : "La télé, c’est Sarko qui la dirige" (premier défonçage de porte ouverte), "la télé c’est que de la promo et pas de la culture" (deuxième défonçage de porte ouverte option bazooka), "la culture c’est trop cher" (troisième défonçage de porte ouverte option munchaku), "la culture est aux mains des grand industriels de l’armement qui nous manipulent" (quatrième défonçage de porte ouverte option hallebarde), etc… bref un festival. Pendant ce temps, Frédo commençait à douter sérieusement que la fréquentation des livres éveille l’esprit alors que Guillaumounet jubilait devant un tel taux de crétinisme alpin, présage des meilleurs audimats.

A ce moment, c’est à notre tour de se prendre d’empathie pour Frédo, d’autant plus que pendant le déroulement de l’émission on lui a collé Michel Drucker (caution intellectuelle ou andicap ? à voir!) quasiment sur les genoux. L’Objet du Scandale est vraiment l’émission la plus marrante de la télé publique, c’est juste dommage qu’elle soit vendue comme une émission culturelle.