Jimmie Durham

Entretien avec un artiste de 10.000 ans.

A la lecture du blog plein d’entrain de l’artiste Laurent Jourquin et  en pleine écriture d’un article sur les écrits et les oeuvres de Jimmie Durham, je ne peux résister à la publication de ce petit texte.

Il s’agit d’une traduction personnelle de "Interview with a 10.000 year Old Artist" écrit par Durham en 1983 et paru dans Art & Artists (sous le pseudonyme de "Art & Artist Staff"). Cet article est reproduit dans A Certain Lack of Coherence (receuil des textes de Durham paru en 1993 chez Kala Press).

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« Dans le temps, les choses étaient différentes », déclare Og Mg Erk. Og Mg Erk est peut-être l’artiste vivant le plus agé, mais il continu de produire de nouvelles oeuvres et reste animé par la flamme créative. Nous sommes assis dans l’atelier encombré de Og dans le Lower East Side de Manhattan, littéralement au milieu de millions de peintures et de sculptures que Og à produites au cours des 10.000 dernières années. Je commence l’entretien sans plus attendre :

Art & Artists : Og, quel age avez-vous, précisément ?

Og Mg Erk : Et bien, Je crois que je suis né le 6 janvier 8003 avant Jésus-Christ ; mais bien sur nous n’avions pas de certificat de naissance à l’époque, et nous ne savions même pas que nous étions "av. J-C.". Nous appelions cela AD, Avant Demain.

A&A: Comment êtes vous devenu artiste?

Og : Comme cela a déjà été dit, il n’y avait pas grand chose à faire à cette époque. Vous pouviez être critique, chasseur, artiste, ou coordinateur. Et bien sur, il y avait aussi la prostitution.

A&A : Mais ce n’était pas juste pour les femmes ?

Og : Oh non, il y avait bien plus de prostitués mâles de femelle. C’était un boulot vraiment bien payé. Mais enfin bon, j’ai obtenu ma première subvention grace au Programme pour l’art des minorités du NEA. NEA est le Neanderthal Endowment for the Arts.

A&A : Programme pour l’art des minorités ?

Og : Evidemment. J’étais le premier Cro Magon, vous savez.

A&A : A quoi ressemblait un artiste à l’époque ?

Og : Les choses étaient différentes dans l’ancien temps. Premièrement, il n’y avait que six artistes dans le monde entier. D’autre part, trouver un endroit où exposer était un réél probleme ; Il n’y avait pas de galeries ou du moins aucune où vous vouliez exposer. J’ai eu ma première exposition personnelle à Altamira, et j’étais si naif que j’ai laissé le galeriste m’arnaquer salement.

A&A : Comment les artistes étaient-ils payés à l’époque?

Og : En billets verts, si vous étiez chanceux ; J’avais l’habitude d’être payé en pierres brillantes. Les billets verts étaient des peaux de petites grenouilles vertes, elles avaient donc plus de valeur. Les marchands prenaient 50% sur les ventes, parfois ils vous chargeaient de faire de la publicité ou de faire des diners. A Altamira, j’ai du payer trente seaux de vin de sureau, plus de petites racines servies en hors d’oeuvres, et le marchand m’a menti sur les ventes finales.

A&A : J’ai une question en deux parties : comment décriveriez-vous votre travail, et que pensez vous de l’art moderne ?

Og : Je suppose que je suis un traditionaliste. Je travaille dans un style classique qui a prouvé sa valeur à travers les siècles. J’aime quelques peintres modernes, Titien par exemple. Mais ils ont besoin de plus de discipline, et un sens de la qualité et des valeurs durables. Les oeuvres politiques, c’est-à-dire, ces peintures qui soutiennent les idéologies du moment comme le christianisme, ne pourront pas tenir une fois la mode passée. En tant que traditionaliste, j’interroge aussi l’usage de tous ces nouveaux matériaux et médias. Je suis très méfiant vis à vis de la peinture à l’huile, spécialement lorsqu’elle est appliquée sur ces vêtement peu solides qu’ils aiment tous utiliser, tendus sur des bâtons encore moins solides. Je ne pense pas que l’huile sur toile ait été suffisamment exploitée pour faire ses preuves. Qu’est-ce qui ne va pas avec la peinture sur un bon, un solide mur de caverne, ou sur une peau de buffle bien dure ? Toutes les expérimentations avec les nouveaux médias montrent la pauvreté des idées.

Mais ce type, Keith Haring, son travail pourrait durer, en bas dans les stations de métro. Il me rappelle un type que j’ai connu à Lascaux.

A&A : Quel a été votre plus grand problème en tant qu’artiste ?

Og : La vie de famille, définitivement. Vous savez, j’ai eu une centaine d’enfants, et mon mari pense que les femmes devraient rester à la caverne.

(trad. fr. Maxence Alcalde, 2012)

"Exhibition : L’invention du sauvage" au Quai Branly

Autant le dire d’emblé, je ne fais pas parti des fans du Musée du Quai Branly et cela pour plusieurs raisons : 1) le pillage des collections du Musée de l’Homme[1] ; 2) une approche des collections plus proche du salon des antiquaires que de l’université (ça me fait toujours mal de voir "salle de lecture Jacques Kerchache"!) ; 3) Un oubli total de tous les questionnements autour des notions de primitivisme et d’art « premier » (de Robert Goldwater à Sally Price) sans oublier les théories postcoloniales développées dans les cultural studies anglaises et nord américaines ; 4) une architecture affligeante (l’immense boyaux sans intérêt architectural qui mène aux collections est simplement indigeste et davantage encore avec l’animation lumineuse qui l’habille) à peine sauvée par le jardin. Donc, malgré le sujet passionnant de l’exposition « Exhibition » (les zoos humains), j’y allais un peu à reculons.

Bien sur, cette expo reprend l’ensemble de tout ce que je déteste dans les expositions contemporaines et particulièrement celles du Musée du quai Branly, notamment une scénographie « train fantôme » (salles plongées dans le noir avec des éclairages ponctuels sur les pièces pour donner un aspect "théâtral") qui empêche aux myopes (comme moi) de bien apprécier certaines pièces présentées. On comprend bien que l’aspect théâtral est là pour rappeler l’ambiance foraine des Barnums, mais il ne faudrait pas non plus sacrifier la lisibilité au profit d’une « bonne idée » de scénographie (ce qui se fait d’ailleurs de plus en plus, cf. l’expo « Soudain déjà » à l’ensba). Pour « Exhibition », les salles sont particulièrement petites, ce qui rend la circulation difficile dès lors qu’il y a plus d’une dizaine de personnes dans la même salle ;  impossible, donc, de la visiter avec des scolaires.

Exhibitions, l'invention du sauvage (© musée du quai Branly, Gautier Deblonde)

Hormis ces quelques points négatifs, l’exposition est réussie. C’est l’occasion de voir « en vrai » un certain nombre de documents comme les affiches des Barnums (que je ne les croyais pas aussi grandes — elles permettent aussi de comprendre où Robert Crumb a puisé son inspiration lorsqu’il réalisait des pochettes de disques de rock… de là à dire que Crumb considérait Janis Joplin et ses compères comme échappés d’un zoo…). On peut aussi voir des bustes et des portraits de « sauvages » amenés en Europe pour divertir les rois, puis leur population. On comprend alors la manière dont s’est construite l’industrie du spectacle (le show-business) par l’exhibition de la différence sous la forme du grotesque et de l’effrayant ; processus qui est toujours à l’œuvre (il suffit d’allumer sa télé pour s’en convaincre !). Des films d’archive sont aussi présentés, ils permettent d’appréhender concrètement la manière dont se déroulaient ces spectacles. Et souvent, c’est très glauque, ça ressemble à du Dickens ou au début du film de Lynch,  Elephant Man, quand on voit John Merrick (Elephant Man) battu par son « propriétaire ».

Dernier petit grief concernant le cheminement général de l’exposition : le glissement du la forme foraine au zoo humain institutionnel n’est pas suffisamment mise en perspective, car il s’agit selon moi de deux projets différents. Le premier est avant tout « festif » (même si ce terme fait froid dans le dos), alors que le second est avant tout « politique » par le biais de la "pédagogie", même si l’aspect politique imprime le sous-texte du premier projet.

Autre élément dont les lacunes se font largement ressentir dans la fin de l’exposition concerne l’invention du « Noble Sauvage » dont il n’est quasiment pas question dans « Exhibition ». Comme le démontre bien Jimmie Durham, c’est par le biais de l’invention de cette figure inédite que les colonisateurs sont parvenus à faire accepter leur situation de colonisés aux populations dominées[2]. Cet aspect est d’autant plus parlant lorsqu’on observe les toiles de Geroge Catlin qui représentent des amérindiens posant stoïquement ; postures qui vont constituer un des mythes étasunien de l’amérindien (le boutique du quai Branly va assez loin dans cette caricature : elle consacre une table entière aux "sagesses" exotiques (amérindiennes, africaines, indiennes, etc.) alors que les ouvrages « sérieux » (donc occidentaux) sont mis à part sur un autre présentoir distinct).

Toujours concernant le traitement de la salle consacrée aux spectacles indiens, il est assez troublant — par exemple — de voir que le Musée reprend l’appellation des colons pour désigner les leaders politiques amérindiens comme c’est le cas pour Tatanka Iotanka uniquement désigné par « Sitting Bull ». Une fois de plus, je me dis que je ne devrai pas lire les textes de Jimmie Durham avant d’aller voir une exposition pareille, car malgré la bonne volonté affichée par l’institution, le projet se prend les pieds dans le tapis parce qu’incapable de traiter une question politique dont pourtant les débats sont publics depuis plusieurs décennies ! Mais bon, le Musée du Quai Branly est avant tout un projet esthétique…

George Catlin, Shon-ta-yi-ga, Petit-Loup, 1845. Portrait réalisé sur commande du roi Louis-Philippe suite à la représentation donnée par les Iowas au Louvre en avril 1845.

En dépit de la bonne tenue générale de l’exposition, le tableau se gâte à la fin avec le documentaire d’une dizaine de minutes de Rachid Bouchareb sur les zoos humains et surtout le spot publicitaire de Vincent Elka.

Le documentaire de Rachid Bouchareb débute plutôt bien car il présente des images d’époque qu’il commente de manière assez objective, même si il ne va pas aussi loin que Les Statues meurent aussi, film d’Alain Resnais et Chris Marker datant pourtant de 1953 (soit cinq ans avant la fin des zoos humains!) . Pour une raison qui échappe, les dernières minutes sont une sorte de manifeste antiraciste niais et sans mise en perspective. Le plus étonnant est d’affirmer que ce sont les zoos humains qui ont popularisé le racisme, alors même qu’on sait que le racisme existait avant cela et qu’il perdure après la fin des zoos humains. La question de l’invention d’un racisme « à la Française » est bien plus complexe que cela et est probablement à mettre en perspective avec une certaine vision de l’universalisme (à la française), de l’invention de la nation et d’un Etat jacobin. Ainsi, c’est un peu court de dire que seuls zoos humains ont inventé le racisme, même si ces présentations ont clairement contribué à accompagner les préjugés raciaux.

Chris Marker et Alain Resnais, Les Statues Meurent Aussi, 1953.

Beaucoup plus honteux, le film de Vincent Elka — spectaculairement présenté sur trois écrans simultanément — constitue un mélange globiboulguesque pseudo-humaniste du plus mauvais effet. Le but affiché du film, dont le titre évocateur est Qui est votre sauvage (2011), est de montrer que le sauvage n’est pas forcement celui qu’on croit. Soit ! Au rythme cadencée, sur trois écrans (spectaculaire : on retrouve Barnum comme retour du refoulé !), sont alors diffusés des témoignages de gens « différents » ou qui se ressentent comme tels.

Or c’est là que le bas blesse : le film mélange les témoignages (qui paraissent assez peu naturels au demeurant !) de gens qui n’ont pas choisi leur différence (un couple d’homos, un noir, un nain, un trisomique, etc.) et ceux qui ont choisi d’en afficher une (une musulmane voilée, un juif)…

La encore, la question politique fondamentale est évacuée au profit de propos totalement ineptes. Si on imagine bien la difficulté au quotidien qui est celle d’homosexuels ou d’individus souffrants d’un handicap, en revanche on comprend moins bien la place accordée à la musulmane voilée. Cette dernière explique (fautes de français à l’appui, histoire de renforcer encore la caricature au passage !) qu’elle ne peut pas être homophobe parce qu’elle-même victime de discriminations en raison de son voile. En d’autres termes, cela voudrait dire qui si elle ne portait pas le voile, alors elle pourrait se permettre d’être homophobe ! Sans oublier que porter un voile est un acte volontaire et non quelque chose  d’indépassable qui nous serait imposé à la naissance ou par les événements de la vie, comme un handicap par exemple.

Cette vidéo participe — probablement malgré elle — à l’islamophobie, car elle enferme les musulmans dans la posture caricaturale de l’intégriste qu’essaye d’imposer certains médias main-dans-la-main avec la droite conservatrice (UMP et FN). Bien qu’habitant dans le 9-3, rares sont les musulmans que je connais qui portent le voile ou de longues barbes, comme mes amis juifs ne se promènent pas toute la journée arborant une kippa laissant apparaitre leurs péots, et mes amies catholiques n’ont ni serre-tête en velours bleu-marine ni jupe plissée. C’est en prolongeant les caricatures qu’on poursuit le projet raciste, et c’est vraiment dommage que cette plutôt bonne exposition se termine sur cette note rance.


[1] Voir à ce sujet l’excellent livre de Bernard Dupaigne Le Scandale des arts premiers qui retrace la genèse de ce projet.

[2] Jimmie Durham, « American Indian Culture. Traditionalism and Spiritualism in a Revolution Struggle » (1974), repris dans A Certain Lack of Coherence, Kala Press, 1993.

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Musée du Quai Branly, Paris, du 29 novembre 2012 au 3 juin 2012.

Jimmie Durham, "Ecrits et manifestes"

Portrait de Jimmie Durham (Marco Fedele di Catrano)

Je travaille actuellement sur une intervention autour des liens entre art contemporain et cultural studies pour une Journée d’étude organisée par la revue Marges et qui se tiendra le 24 février à l’inha. Cela fait quelques temps que je voulais me replonger dans l’oeuvre de Jimmie Durham, artiste sur lequel j’avais déjà écrit un long article monographique pour Art21. Mais comme le temps et les exigences de la critique d’art ne sont pas ceux de la recherche universitaire, je n’avais pas épuisé le sujet, j’avais l’impression d’avoir un peu survolé le travail de cet artiste réellement passionnant. Je me suis donc emparé de la traduction des textes de Jimmie Durham (Ecrits et manifestes, Paris, ensba éd., 2009) afin d’en explorer le volet "textuel".

On a l’habitude de présenter Jimmie Durham comme un artiste Cherokee ayant eu une activité politique comme délégué de l’American Indian Movement (AIM) à l’ONU dans les années 1970. On imagine alors assez aisément que le travail de l’artiste s’intéresse à la représentation des indiens d’Amérique dans la culture et dans l’art occidental.

Le recueil comporte une quinzaine de textes. S’ils sont tous intéressants, ne serait-ce pour comprendre les cheminement intellectuel de l’artiste, deux d’entre eux m’ont principalement passionné : " Les Cowboy et les …" (1990) et "Eurasie" (2000).

"Les Cowboys et les…" revient sur la difficulté à nommer les fameux "…", autrement dit les "indiens d’Amérique", les "indiens Américain", ou toutes autres appellations historiquement non satisfaisantes et surtout attribuées par le "colonisateur". Durham développe l’idée qu’il est particulièrement compliqué de ne pas coller au discours de ce dernier alors même que ce discours semble proposer certaines opportunités d’insertion dans le récit américain. La situation est d’autant plus complexe pour les indiens d’Amérique qui ont largement perdu la guerre contre leur colonisateur. S’en suit quelques piques contre les artistes qui jouent les "indiens authentiques" ou certains artistes occidentaux soucieux de "sauver les indiens" sous la forme d’un charity business artistique. L’intérêt de la déconstruction que propose Durham est sa complexité. Elle offre une critique assez inédite de certaines idées très en vogue dans les années 1990-2000 autour d’une sorte de We are the world généralisé ou d’une affirmation d’un prétendu pluralisme postmoderne.

"Ce n’est pas comme si nous tentions nous-même de nous exprimer à partir d’un quelconque état de virginité à la grâce sauvage. La colonisation n’est pas extérieure au colonisé et elle ne produit chez lui ni sagesse ni charité. Poussés à ne plus nous sentir comme des personnages réels, authentiques, nous contribuons souvent à notre propre oppression en assumant des identités ou des attitudes qui proviennent de la structure coloniale." (p. 53)

Mais c’est dans un  autre article ("A la recherche de la virginité", 1991) qu’on trouve parfaitement bien résumée l’ambivalence du monde de l’art à l’endroit du mythe viril et dominateur de ce que Durham désigne par le « discours Narratif Maitre des Amériques » :

« Tout le monde adore le cow-boy solitaire. Libre, indépendant, affranchi des lois, il n’a pas à travailler pour vivre. Il a cette solitude existentielle vraiment cool et un regard pénétrant. Il est un critique perceptif de ceux qui vivent en ville et « personne ne l’emmerde ». Parfois, il doit tuer des méchants sauvages mais les sauvages intelligents eux deviennent ses amis et il apprend leurs usages tout en restant lui-même. Quel modèle parfait pour les artistes du XXe siècle ! Quelle façon parfaite pour Pollock (de mettre Picasso en joue) ! Mais ce n’est pas tout, de nos jours les artistes aiment se voir comme des « shamans ». Et si vous pouviez être le cow-boy et l’indien, comme le « Winnetou » de Karl May ? Un arrangement parfait pour retirer le maximum de bénéfices tant psychologiques qu’économiques. » (p. 76)

Dans "Eurasie", Durham revient sur son arrivée en "Eurasie" (qu’il refuse un peu coquettement de nommer "Europe" mais qu’on a coutume de désigner ainsi) pour lui l’occasion de faire un bilan de ses activités passées et d’exposer sa vision particulièrement lucide du monde de l’art qu’il considère comme une industrie peuplée de gangsters! Il esquisse également une analyse de l’évolution des idéologies depuis les années 1970 jusqu’à l’effondrement du communisme à la fin des années 1980. La conclusion quelque peu désabusée de Durham étant qu’avec l’effondrement des idéologies, le seule modèle qui reste disponible est celui de la consommation ; modèle qui devient, de fait, le type de rapport quasiment unique au monde vers une sorte de devenir touriste :

« En tant qu’être humains « commerciaux », voilà ce que je pense que nous faisons actuellement : nous nous comportons comme des touristes vis-à-vis de l’humanité, parce que nous ne connaissons pas d’autre mode de comportement. Etant touristes, nous voulons que l’humanité nous vende quelque chose d’intéressant, nous apporte des distractions. Nous voulons aussi que l’humanité soit authentique : nous n’aimons pas, nous faire escroquer. En tant que touristes vis-à-vis de l’humanité, nous voulons qu’on pique notre curiosité, au cas où nous achèterions quelque chose. » (p. 115-116)

Le tout est écrit dans un style assez oral, parfois sarcastique (pas par choix mais par nécessité, dirait Durham!), extrêmement lucide et clairvoyant sur les attentes et les orientations du monde qu’il s’agisse d’art ou d’activisme politique. Seul regret, les éditions des Beaux-Art auraient dû payer un correcteur pour relire les textes, les nombreuses coquilles rendant parfois le propos incompréhensible !