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Articles Tagués ‘philo’

Art contemporain et Cultural Studies

Journée d’études de la revue Marges : http://www.revue-marges.fr/

Vendredi 24 février 2012 INHA,

Salle Giorgio Vasari, 2 rue Vivienne, 75002 Paris (Métro Bourse).

Entrée libre.

On a longtemps parlé d’exception française pour évoquer le manque d’intérêt des recherches en sciences humaines pour les études culturelles (au sens anglo-saxon des Cultural Studies). Rares sont les chercheurs en histoire de l’art, arts plastiques ou esthétique qui s’y intéressent. L’art contemporain est pourtant régulièrement envisagé comme une « culture », celle d’un monde de l’art qui en tant que tel met en jeu des rapports de pouvoirs et des politiques de représentation. L’apport des études culturelles à l’analyse des phénomènes liés à l’art contemporain peut-il permettre une nouvelle forme de questionnement sur ses objets, ses méthodes ses acteurs ? Il sera question ici d’interroger les rapports de force ou relations de résistance, et plus généralement les marqueurs et enjeux de pouvoir induits par le monde de l’art contemporain. Il s’agira autant d’étudier des pratiques artistiques spécifiques entrant en résonance avec les études culturelles, que d’interroger les enjeux politiques ou géopolitiques du culturel dans l’art contemporain et l’éventuel tournant épistémologique que ce nouveau regard est susceptible d’impliquer vis-à-vis de catégories disciplinaires bien établies.

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9H30 : Accueil des participants
9 H 45 : « Jimmy Durham critique de l’artiste autochtone » par Maxence Alcalde (Université Paris 8)

10H30 : « Anish Kapoor est-il un artiste occidental ou Indien » par Christine Vial-Kayser (Conservatrice du Musée-promenade de Marly-le-Roi)

11h15 « Huang Yong Ping face à l’art contemporain » par Shiyan Li (Université Aix-Marseille)

12h Questions/Discussion
12h30-14h Déjeuner
14h « De la danse contemporaine au Maghreb à une danse contemporaine maghrébine » par Mariem Guellouz (Université Paris Descartes)

14h45 « Art chorégraphique contemporain d’Afrique, enjeux d’une reconnaissance » par Annie Bourdié (Université Paris Est Créteil)

15h30 Questions/Discussion
16h « L’histoire de l’art face aux pratiques culturelles et artistiques féministes queer en France » par Marie-Emilie Lorenzi (Université Paris 1)

16h45 « Les Porn Studies dans l’art contemporain, mise en spectacle et émancipation du corps pornographié » par Emilie Landais (Université Paul Verlaine Metz)

17h30 Discussion et remarques conclusives

L’œuvre se fout-elle du Monde ?

Les Euménides est une groupe de personnes qui teste des nouvelles formes de collaborations artistes et culturelles, donc ça vaut le coup d’aller y jeter un oeil (je ferai probablement une intervention pendant la session du mercredi 8 juin)

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Session #5, rendez-vous des pratiques culturelles

L’œuvre se fout-elle du Monde ?
À partir de 19h30 à la FLAQ, le mercredi 8 juin,
36 rue Quincampoix,
métro Rambuteau/Hôtel de ville/Châtelet-les-Halles
Ouvert à tous, participation de 1 euro.

L’artiste, ce personnage déconnecté des réalités communes, n’est-il pas le symbole de l’individualisme ?
En y réfléchissant, poser du papier toilette sur un ventilateur (cf. Gabriel Orozco), n’est-ce pas une manière de dire aux autres: “je fais ce que je veux et je me fous de ce que vous pensez !?” Mais dans quelle mesure l’Art et la Culture nous intéressent s’ils ne parlent pas un peu de nous et du Monde ?

Nous parlerons d’éco-sophie et d’éco-logie. L’Écologie de l’art s’intéresse à l’interaction du Monde de l’Art avec le Monde. Les relations étudiées vont des plus communes, comme les relations artiste/œuvre, public/œuvre, jusqu’aux relations plus inattendues entre art/urbanisme, art/social, art/économie. Au travers de l’écosophie, il s’agit de penser les choses par leur milieu afin de mieux cerner les interactions entre disciplines et sortir l’art de son repli sur lui-même.

Les indésirables / BD
Yannick Lelardoux
La nature est très proche, même en ville des espèces uniques au monde habitent des espaces inconnus du grand public. Par son expérience du terrain, Yannick défend la nature en ville depuis 15 ans, il nous parlera de ces espaces au travers de la bande-dessinée.

Le Design et son processus 
de production / Arts Appliqués
Stanislas Rak
Designer et scénographe, Stanislas Rak soulève la question de la place de l’homme dans l’industrie. Un designer peut concevoir l’objet le plus vertueux, si son procédé de fabrication ne l’est pas le projet échoue. Il nous posera un cas concret de réflexion de design écosophique.

Titus d’Enfer / musique-performance
Michaël Marchal
« Me voilà déjà loin, oh oui, si loin de ce château qui assista à ma naissance et qui vit de ses yeux globuleux la floraison de mes 18 bras, qui selon la tradition, furent coupés chaque année, comme on élague à chaque saison le pachydermique Boileau de la cour aux escargots. Quelle tristesse ressentie lors de la perte de mes bras, aujourd’hui je n’en possède plus que deux, mais je les offrirais volontiers à celui qui rendrait à mon royaume le prestige de la vie d’antan! Oh oui, mon corps s’il le faut ! A présent, ce même corps est jeté sur les routes, il ne reste plus qu’à chanter l’exode, la li la la… » …

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Les sessions qu’est-ce que c’est ?
Les Sessions sont des espaces de recherche sur les pratiques culturelles et artistiques actuelles.

Une fois par mois, les Sessions vous invitent à découvrir des travaux en cours de création. Réunis autour d’un même thème, leurs choix techniques, plastiques, et symboliques y sont décryptés. Les spectateurs y participent activement. Cette collaboration, entre le public, les experts et les intervenants eux-même, a pour objectif de questionner nos attitudes et nos savoirs face à la création.

Ici, il n’est pas question de démontrer l’efficacité ou la maladresse d’une proposition, et encore moins de la critiquer à travers les goûts de chacun. Chaque intervention apporte un éclairage nouveau, un point de vue singulier au thème qui régit la rencontre. Par ailleurs, nous soulignons les tensions opérées entre les choix techniques et leur capacité à symboliser l’intention qu’ils portent.

www.leseumenides.org


Blanche Neige et le chef-d’œuvre empoisonné

Texte prononcé le 23 Juillet 2010 au Centre Pompidou Paris lors de la conférence-performance Le foie et le poumons: Digérer Blanche Neige sur l’invitation de Pauline Colonna d’Istria et Florian Gaité.

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Si l’on accepte l’anachronisme que cela constitue, il est possible de lire le conte de Blanche Neige par le prisme des débats artistiques autour de la question de l’exposition, celle du beau et du chef d’œuvre.

On peut penser le début du récit des frères Grimm comme une présentation de l’espace d’exposition moderniste : le fameux white cube critiqué par Brian O’Doherty[1]. Le white cube était censé refléter l’idéal moderniste dans sa quête de pureté et surtout d’autonomisation de l’œuvre d’art. Le white cube, c’est l’opportunité pour l’œuvre de prétendument s’exprimer pleinement, sans les entraves de la contingence imposée par le monde « extérieur ».

Dans le début du conte, les frères Grimm décrivent la « naissance » de Blanche Neige en premier lieu comme un projet esthétique. La première reine — mère génétique de Blanche Neige — a l’« idée » de créer Blanche Neige suite à un événement inattendu venu troubler son appréhension du monde : elle se pique le doigt en cousant, provoquant la dispersion de 3 gouttes de sang sur la neige blanche. Cet évènement est à l’origine d’une sorte de choc esthétique comme on peut en rencontrer dans les récits d’artistes. À la première reine de s’écrier « Oh ! si je pouvais avoir un enfant aussi blanc que la neige, aussi vermeil que le sang et aussi noir de cheveux que l’ébène de cette fenêtre ! ». Le projet de Blanche Neige est né, et naturellement — du moins comme cela se passe pour les artistes — la concrétisation de l’idée prend forme peu de temps après.

Le problème avec le monde de l’art c’est que c’est un monde très concurrentiel[2]. Il n’est pas rare que des artistes au travail assez proche entrent dans une forme de concurrence relativement malsaine où ils se mettent à détester chez l’autre ce qui constitue le cœur de leur œuvre. Une fois la première reine morte survient une seconde reine qui hérite malgré elle du « travail » de son prédécesseur : à savoir le « chef-d’œuvre » Blanche Neige. Toute son attention sera portée à se débarrasser de ce chef-d’œuvre qu’elle juge empoisonné.

Dans notre lecture anachronique, l’intervention des nains exprimerait le surgissement de l’Autre dans l’histoire, pour ne pas dire des Subalternes comme on les appelle dans les cultural studies. Dans les contes, les nains peuvent être tour à tour bons ou mauvais, purs ou pervers. Ici, dans le conte de Blanche Neige, ils sont de simples hommes des bois, mineurs et honnêtes travailleurs (les Grimm écrivent qu’ils reviennent des mines la nuit tombée, gage de leur âpreté à la tâche).

Les 7 Nains, sont non seulement les subalternes travailleurs mais aussi créatifs ; une créativité qui s’exprime principalement sous son aspect « primitif ». L’acte essentiel de créativité des nains est la composition d’une véritable cérémonie funéraire — invention dont on ne les soupçonnait pas conceptuellement capables tant la première approche de Blanche Neige avait été strictement utilitariste (femme = tenir un foyer = « on lui confie des tâches domestiques »). Les 7 nains se mettent donc à confectionner un cercueil de verre afin de magnifier la beauté de la princesse assassinée. Ils vont même jusqu’à veiller son corps à tour de rôle allant jusqu’à délaisser pour ce faire leurs tâches laborieuses. Contrairement par exemple à la version de Disney, les nains des Grimm sont une masse, aucune individualité ne leur est accordée. C’est la tribu des bois qui invente la mort, ou plus exactement la contemplation esthétique de la mort exposée dans cet autre white cube qu’est le cercueil de verre, autrement dit (re)jouent une sorte d’invention mythique de l’œuvre d’art.

Blanche Neige comme œuvre d’art trouve acquéreur en la personne du prince qui subit lui aussi un choc esthétique en voyant la gisante dans son écrin. Le prince se comporte comme un farouche collectionneur lorsqu’il déclare aux nains qui ne veulent pas céder l’artefact Blanche Neige : « donnez la moi, parce que je ne puis pas vivre sans admirer Blanche Neige ». Le drame survient alors, Blanche Neige se réveille et redevient une mortelle, c’est-à-dire une non-œuvre d’art, une simple princesse. Et, il n’est pas certain qu’un mariage avec un ex-chef-d’œuvre (re)devenu princesse puisse parvenir à combler le souvenir du premier choc esthétique du prince.


[1] Brian O’Doherty, Inside the White Cube.

[2] Cf. Pierre Michel Menger, Portrait de l’artiste en travailleur, Paris, Seuil, La République des idées.

Michel Onfray débite des steaks de vache sacrée sur France Culture

Montruousae Onfrayfreudum (©Max Fécamp)

C’est avec un certain plaisir que j’écoute cet été encore les cours de Michel Onfray de l’Université Populaire de Caen diffusés sur France Culture. Onfray a un réel talent de conteur. Il sait rendre captivant sa "contre histoire de la philosophie" qui s’exprime pleinement dans sa diction douce et fluide (certains philosophes sont particulièrement agréables à écouter comme c’est le cas pour Gilles Deleuze ; et d’autres comme Michel Foucault ont une diction tellement crispante – du  moins dans les enregistrements disponibles – qu’il est quasiment impossible de tenir sur la longueur).

Ce qui est troublant avec Michel Onfray est qu’il cristallise depuis déjà plusieurs années la haine d’une partie des intellectuels français. Parmi les hypothèses objectives expliquant ce rejet : jalousie (des professeurs) devant un succès éditorial incontestable, énervement face aux attaques répétées (et souvent justifiées) d’Onfray contre l’enseignement de la philo, les axes "originaux" (c’est-à-dire des thèmes non éligibles à la préparation des Capes et Agreg.) des entreprises d’Onfray… bref rien que du classique.

Je n’ai pas d’avis particulier sur ses livres, car je n’en ai lu que très peu et bien qu’intéressant dans leur projet, ceux que j’ai lu m’avaient paru un peu basiques (La Politique du Rebelle et Traité d’athéologie pour être exacte, donc des choses assez anciennes). Mais il me parait évident que l’Université Populaire est une chose qui fonctionne, et que les cours qui y sont donnés par Onfray et d’autres viennent combler un vide, c’est-à-dire celui d’un enseignement de qualité destiné à un public adulte, et qu’un réel plaisir se dégage de l’écoute de ces cours (je me répète!). Nul doute également que le travail d’Onfray est sérieux, documenté et qu’on ne peut suspecter cette personne de passer son temps à "réseauter" ("networker" pour les intimes!) dans les salons parisiens pour décrocher quelque charge de mission rondement payée.

Cette année, Onfray avait fait encore plus fort que les années précédentes en publiant un livre sur le mythe "Freud", ce qui lui a valu une volée de bois vert de la part des gardiens du Temple, essayant par la même occasion de sauter sur l’aubaine éditoriale pour revendre leur came. C’est justement ses recherches qu’il a livré à Caen et qui sont diffusées sur France Culture cet été.

Or surprise, on apprend sur le site de France Culture que des auditeurs se sont plaint de cette diffusion :

Certains de nos  auditeurs nous ont fait part de leurs réserves, voire de leur opposition à la diffusion dans notre grille d’été, des cours de Michel Onfray consacrés cette année à Sigmund Freud.

France Culture se sent même obligé de justifier du fait qu’ils ont abondamment donné la parole aux opposants d’Onfray et aux défenseurs de la "statue du Commandeur" (et on ne peut pas dire que les thèses freudiennes et la psychanalyse en général soient souvent dénigrées ou remises en question sur France Culture…). Mais que reproche-t-on au juste à Onfray au sujet de Freud.

C’est finalement assez simple : Onfray a tenté non pas une énième exégèse de la doctrine freudienne (qui fait d’ailleurs bien souvent l’économie de la lecture de Freud!), mais a choisi de mener des recherches sur les motivations de "l’inventeur de la psychanalyse" (ce que conteste Onfray), son mythe et ses conditions d’apparition. Entreprise salutaire et passionnante…

C’est justement pour cela qu’Onfray est attaqué par le biais d’accusations relativement classiques et à peine déguisées d’antisémitisme, de fumisterie, d’incompétence, etc. En fait ce qui se produit avec Onfray est à peu de choses près ce qui s’est produit avec le lynchage en règle d’Emmanuel Faye lors de la parution de son essai sur Heidegger (Heidegger, l’introduction du nazisme dans la philosophie : Autour des séminaires inédits de 1933-1935),  les accusation ineptes contre Sokal et Bricmont lors de la parution du salutaire Impostures Intellectuelles qui remettait en question les abus de certains penseurs des French Studies (Derrida, Kristeva, etc.) ; ou encore – dans un domaine plus familiers aux lecteurs d’Osskoor – au sujet du fameux rapport d’Alain Quemin sur la catastrophique représentation des artistes français à l’étranger (L’Art contemporain international, entre les institutions et le marché). A chaque fois, c’est le porteur de mauvaises nouvelles qu’on cherche à descendre. A chaque fois, le but de la startégie des contradicteurs est de porter l’anathème sur quelques détails (amplifiés et déformés comme il se doit, quand il ne s’agit pas d’une négation en bloc dans le style "ce que vous dites ne peut pas être") pour feindre de ne pas voir le lièvre levé par les études en question. Le problème, c’est qu’en dehors des "exercices d’admiration" et autres singeries mondaines pour normaliens, rien ne semble permis dans les milieux intellectuels français si ce n’est la reproduction du même… reste alors la tentation de Caen…

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Dernière chose et petit doute, peut-on être hédoniste et avoir un site web aussi moche (pendant ce post j’ai défendu le boulot d’Onfray, mais il y a des limites que je refuse de franchir comme recommander un site affreux ou alors regarder une seconde de plus la couverture du Freud d’Onfray probablement composée par un graphiste atteint de conjonctivite chronique, à moins qu’il n’ait été payé par Roudinesco pour saboter le boulot) ?

Le foie et les poumons. Conférence/performance au Centre Pompidou

Dans le cadre des "Rendez-vous du forum" et sur invitation de Catherine Baÿ qui y installe un Banquet de Blanche-Neige, Pauline Colonna d’Istria et Florian Gaité proposeront une « performance philosophique » à partir d’une réflexion sur les grandes thématiques soulevées par le conte.
« Le foie et les poumons » est une conférence scénographiée, une mise en scène de la parole savante qui donne à voir la théâtralité inhérente aux re…ncontres et aux dispositifs académiques.
Sur scène, six fauteuils, distribués dans l’espace de manière aléatoire. En scène, quatre intervenants, introduits tour à tour par deux (dé)régulateurs du débat, apparaissent en tenue de soirée.
Trois temps : Lecture. Chaque intervenant présente un court texte autour d’un thème du conte (la beauté, la jeunesse, le cannibalisme…) Table ronde. Ce moment généralement destiné à faire dialoguer les interlocuteurs en créant des ponts entre leurs analyses devient occasion de perturbation. Une bande-son s’enclenche, des Blanche-Neige font irruption, les régulateurs détraquent le débat pour exagérer le cirque de la parole experte et déconstruire les procédés qui lui confèrent son autorité. Questions. Les régulateurs donnent la parole à la salle en orchestrant un échange absurde où questions et réponses sont piochées au hasard dans un stock déterminé à l’avance.

TABLE RONDE 1 (VENDREDI 23)

- Maxence Alcalde
Critique d’art, enseignant-chercheur en théorie de l’art à l’Université Paris VIII.
- Mehdi Brit
Rédacteur en chef de la Revue Diapo.
- Marc Girard
Psychothérapeute, médecin, mathématicien.
- Mélanie Gourarier
Historienne de l’art, chercheuse en anthropologie à l’EHESS.

TABLE RONDE 2 (SAMEDI 24)

- Marie-Hélène Bourcier
Maître de conférence en sociologie à l’Université de Lille III / EHESS-CADIS
- David Morin Ulmann `
Maître de conférences en sociologie à l’université de Nantes.
- Charles Martin-Freville
Enseignant-chercheur en philosophie à l’Université de Picardie.

Performance les vendredi 23 et samedi 24 juillet,
à 19h30

Centre Georges Pompidou – Paris
Niveau Forum

durée: environ 1h15

bande-son: Jérémy Nicolas
http://www.myspace.com/jeremynicolas

crédit photo : © Jérome Lobato
http://jeromelobato.blogspot.com/

Ce vieux déconneur de W.J.T. Mitchell

Ce que j’aime particulièrement dans les livres de sciences humaines anglo-américains, c’est que leurs auteurs consacrent quelques lignes aux "Remerciements". Contrairement à leurs collègues "continentaux" – qui ne remercient personne car leur science est "infuse" (la marque du génie!) -, les chercheurs américains ont pris l’habitude de citer les gens avec qui ils ont travaillé (leur labo, qui contrairement à ce qui ce passe en France, ne sont pas des labos fantôme). Bien que cette partie soit assez instructive pour le lecteur avant de se lancer dans une lecture, elle confine bien souvent à un exercice d’écriture (et donc de lecture) relativement laborieux.

W.J.T. Mitchell, Iconologie. Image, Texte, Idéologie, Paris, Les Prairies Ordianires, 2009.

Récemment, je me suis procuré Iconologie de W.J.T. Mitchell dernièrement traduit en français (Les Prairies Ordinaires, 316 p.; 24 €). Parcourant les "Remerciement", j’en viens à me dire qu’il y a chez W.J.T. Mitchell un réel pouvoir comique : "Si je devais rassembler les différentes personnes qui ont quelque chose à voir avec l’écriture de ce livre pour réaliser un portrait de groupe, celui-ci prendrait probablement l’allure des foules de Hogarth : une assemblée hétéroclite de dignitaires, d’hommes d’esprit, de jeunes loups, de roués, d’universitaires et d’étudiants, certains en état d’ébriété, d’autres tombant de sommeil, la plupart distraits, et certains (les moins nombreux d’entre eux) à l’écoute, mais faisant montre d’un intense agacement critique. Je me sens obligé d’exprimer ma gratitude à ce petit groupe. Sans leur aide, ce livre aurait été achevé plus tôt." (p. 28)… David Lodge sors de ce corps !

Comment mieux décrire les rapports universitaires entre individus en quelques lignes ? ça donnerait presque envie de faire une anthologie des "Remerciements"…

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Arendt de pleurer pénélope

29 décembre 2009 2 commentaires

S’il est une vache sacrée dans la pensée contemporaine, c’est bien Hannah Arendt. La philosophe jouit d’une aura particulière chez les intellectuels français, notamment parmi ceux qui tentent de penser la place de l’art et de la culture dans la société. Lorsque, pour ma part, j"avais parcouru La crise de la Culture et dans une moindre mesure La condition de l’homme moderne, j’avais été agacé par le conservatisme de l’auteure et le flou conceptuel qu’elle entretenait. Mais j’avais l’impression d’être un peu seul à penser cela, peut-être d’avoir mal compris certaines choses, et puis la flème probablement de me pencher sur la déconstruction du mythe Arendt.

Lorsque j’ai lu "Existe-il un mythe Hannah Arendt ?" (question qui sous entends "évidemment que oui et on va vous le démontrer") en une du numéro de janvier-février de la revue Books je me suis naturellement précipité.

Ce dossier sur le mythe Arendt se concentre principalement sur la méthode utilisée pour l’écriture des Origines du Totalitarisme, Eichmann à Jérusalem. Bernard Wasserstein – l’auteur de l’article originalement publié dans le Times Literary Supplement – montre la pauvreté des sources sur laquelle s’appuie la philosophe : "L’histoire juive moderne fut le seul domaine où Arendt s’en remit plusieurs fois à des historiens nazis, en tant que sources autorisées. Et elle intériorise une partie de ce qu’ils disaient des Juifs, du "parasitisme" au "cosmopolitisme" [p. 60].

Wasserstein démonte avec une assez grande finesse le "système Arendt", même si l’auteur insiste un peu lourdement sur l’absence d’amour d"Arendt pour le peuple juif qu’elle traite avec une certaine froideur. Certains pourront être agacés par les anecdotes relatées par l’auteur, dressant un portrait peu flatteur de la philosophe (mais pour ma part, je trouve ces anecdotes assez éclairantes). On regrettera toutefois que Books n’ai pas proposé de réel débat autour de ce texte : seul un courrier de lecteur (certes adressée au Times Literarcy Supplement) un peu faiblard tente de réhabiliter la cas Arendt!

Signalons que Books s’était livré au même genre d’exercice (un peu moins violament tout de même) autour des sources historiques chez Michel Foucault.

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deleuze pour le prix d’un

Disclaimer : Je tiens à m’excuser auprès du lecteur pour ce calembour pourri, mais je suis sincèrement amoureux de ce genre de jeux de mots minables.

Jusqu’au 13 décembre, Mains d’Oeuvres (Saint Ouen) propose une exposition consacrée à la pensée de Gilles Deleuze. Pour "Blown Up! A la recherche des élèves de Deleuze" (commissariat : Isabelle Le Normand), les deux artistes Silvia Maglioni et Greame Thomson ont investi l’espace d’exposition de documents, vidéos, schémas faisant référence à la pensée du philosophe. Au centre du dispositif se trouve une "salle de classe" (en fait une immense table aménagée par les artistes) pouvant reçevoir des "cours délocalisés".

A priori, une expo de ce genre aurait tout pour m’énerver. Tout d’abord, j’ai fait une grande partie de mes études à Paris 8 où plane le pesant fantôme de Deleuze (j’ai même fait un tour au département philo où des étudiants de première année disaient trés sérieusement "moi, en tant que Deleuzien, je ne peux pas penser ça"!!!). Parmi les "anciens", il y a un culte quasi fanatique de ce penseur transformé en vache sacrée (qui fait – au passage – fuir ses potentiels nouveaux lecteurs). Ensuite, parce que j’ai commencé à m’intéresser à l’art contemporain à un moment où nombres d’artistes se gargarisaient de "concepts" deleuziens ("déterritorialisation" par là, "devenir truc-muche" par ici, "rhizome", etc.), de manière totalement gratuite. Enfin, j’appréhende ce genre de manifestation parce que généralement les célébrations m’enmerdent et que les philosophes qui ont fait du Deleuze après Deleuze ne donnent finalement pas grand chose.

Le prinicipal piège de ce genre d’expo est donc de construire un mausolé, un monument un peu nigaud à la gloire d’un individu sous le patronage duquel on aimerait se placer (cf. expo "Roland Barthes" à Beaubourg). Souvent, ce genre d’initiative – sans être totalement inintéresante – donne l’impression d’assister à un exposé de 5ème.

Avec "Blown Up! A la recherche des élèves de Deleuze", Silvia Maglioni et Greame Thomson sont parvenus à ne pas tiomber dans ce genre de facilité, notamment parce qu’ils maitrisent parfaitement leur sujet : leur travail va au delà du simple name dropping, pratique trop fréquente dans l’art contemporain. Maglioni et Thomson ne se contentent pas de montrer Deleuze comme on montrerait une bête curieuse, mais proposent des dispositifs permettant d’entrer dans la pensée du philosophe. "Blown up!" est parfois un peu rugueux, mais le résultat est finalement très enthousiasmant.

Akatre pour Mains d'Oeuvres

A signaler également, les affiches et flyers de Mains d’Oeuvres réalisés par Akatre en résidence dans les lieux.


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Anniceris : mon blog préféré du moment

4 septembre 2009 2 commentaires

ça fait déjà quelques temps que je cherche un blog original (c’est-à-dire qui ne passe pas son temps à reprendre ce que tout le monde dit histoire de jouer au "journaliste culturel") et je l’ai enfin trouvé: Anniceris.

L’auteur (que je ne connais pas et qui signe Phersv) parvient à évoquer des sujets aussi divers que la politique, l’actualité philosophique, les jeux de roles ou la bédé… le tout avec une petite pointe d’humour (mais fan de Bigard, passe ton chemin!).

extrait pour l’ambiance :

"J’ai de l’admiration pour les Français qui réussissent héroïquement à pardonner même à Molière – d’accès certes plus facile que d’autres – la manière dont on nous le rabâche pendant toute notre adolescence (et d’ailleurs, le cours peu inspiré de La journée de la jupe en était un exemple). Annoner chaque année de CES que les médecins étaient des escrocs au XVIIe ne peut pas tirer tout le monde vers le théâtre. Ce n’est souvent qu’à Don Juan (Seconde maintenant, je crois ?) qu’on comprend pourquoi on nous a fait lire les farces misogynes antérieures."

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Art as Performance de David Davies (suite et fin)

Le programme était alléchant et les promesses nombreuses (cf billet du 10 aout sur ce blog). Mais malgré de bonnes surprises autour de ce que propose la performance theorie défendue bec et ongles par Davies (par exemple, sa discussion autour du « foyer de l’attention » est assez passionnante), tout cela est un peu terni par l’acharnement du philosophe à dézinguer ses collègues qui défendent les théories contextuelles (Levinson) ou les théories institutionnelles de l’art (Danto, Dickie, etc.) .

joies de Google image où l'on apprend qu'une "occurence" (sic) de David Davies a été médaillé en natation aux JO de 2004.

Joies de "Google image" où l'on apprend qu'une "occurrence" (sic) de David Davies a été médaillé en natation aux JO de 2004.

Par exemple, à la fin de l’essai (p. 243 et suivantes), David Davies attaque les théories institutionnelles de l’art (surtout Dickie) sur la définition du monde de l’art (artworld) et sur la forme d’autorité à laquelle il revoit. Le problème est que Davies et Dickie ne se posent pas la même question. Davies reste dans la esthétique "puriste" avec ses tentatives ontologiques, alors que les conceptions de Dickie (et de la théorie institutionnelle ou contextuelle) engagent à aller voir ailleurs pour poursuivre le travail (la sociologie, l’histoire des institutions, etc).

Pour conclure, même si la performance theorie de Davies est une habile construction théorique (souffrant toutefois de formulations assez brumeuses ou lourdingues, voire circulaires), je n’ai pas été convaincu par certains de ses développements et surtout par ses conclusions.

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