« Qu’est-ce que la photographie ? » au Centre Pompidou

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Il est des sujets « casse gueule », où quoiqu’on fasse, on s’attire les foudres des uns et des autres, dont on critiquera la démarche curatoriale, où dissertera sans fin sur les (nécessaires) manques du projet. Avec son titre vindicatif et programmatique (ce qui — soit dit en passant — change des titres speudo-poétiques, des private jokes ou des titres aux insupportables syntaxes globish !), « Qu’est-ce que la photographie ? » fait partie de ces expositions.

Si le projet est vaste et ambitieux, l’espace d’exposition — 200 m2 en sous-sol de Beaubourg ! —l’est beaucoup moins. Nouvellement baptisé « la galerie de photographie », cet espace paraît quelque peu exigüe, confiné. Et c’est probablement dans cette inadéquation entre le projet et les moyens dédiés que réside le principal défaut de l’exposition. « Qu’est-ce que la photographie ? » apparait alors comme une introduction, la bande annonce d’une plus vaste proposition.

Bien que les commissaires s’en défendent dans la notice de l’exposition, « Qu’est-ce que la photographie ? » est non seulement une question ontologique, mais reste ici partiellement traitée de manière ontologique. Evidemment, comme tout projet ontologique, elle n’a que très peu de chances d’aboutir et ne peut que fournir des objets lacunaires. A partir de là s’offre deux attitudes au spectateur : passer son chemin devant un projet fatalement déceptif ou accepter cet aspect déceptif et tenter de comprendre l’approche de Clément Chéroux et Karolina Ziebinska-Lewandowska, les deux commissaires.

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L’intérêt principal de « Qu’est-ce que la photographie ? » réside dans les 8 catégories inédites destinées à classer les grands thèmes de la photographie en tant que médium : des envies ; un matériau ; des principes ; une praxis ; une alchimie ; un écart ; des ressources ; des vérifications. Ce qui frappe d’emblé est le mélange entre les approches ontologiques traditionnelles (praxis, matériau, écart, etc.) et les thèmes plus subjectifs (envies, des vérifications, etc.) si bien qu’on accède rapidement à une forme curatoriale hybride, une sorte de dictionnaire ontologico-amoureux de la photographie. Ce dispositif permet aux commissaires d’éviter les habituelles tartes à la crèmes inhérentes à l’esthétique de la photographie — tendu par des ficelles aussi grosses que moisies agités par de séniles barbes grises — et qui consistent à ânonner les mêmes poncifs depuis bientôt un demi siècle (Barthes, Benjamin, le corps, la lumière, le hors champs, la reproductibilité, etc.). Dans ce registre, l’exposition fonctionne dès lors qu’on accepte d’entrer dans son jeu un peu bancal. Ce qui pourrait apparaitre comme des lacunes ou des tentatives d’essentialisation maladroites — posture où une œuvre témoignerait pour une classe d’œuvres —  s’agrègent en un récit singulier. Précisons que la démarche est soutenue par un appareil critique clair et généreusement didactique, ce qui fait office de réelle nouveauté dans les expositions du Centre Pompidou ! On ne peut alors que saluer la prise de risque de Clément Chéroux et Karolina Ziebinska-Lewandowska et leur souhaiter d’avoir l’occasion de consolider cette présentation dans de meilleures conditions d’accrochage.

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