Petit tour des galeries parisiennes de février 2017

collection Paul Devautour, M. Duplo.

collection Yoon Ja & Paul Devautour, J. Duplo (gal. Emmanuel Hervé)

Remarque préliminaire, le centre des choses intéressantes à voir à Paris a définitivement migré du côté de Belleville. Hormis quelques galeries solides qui ne renoncent pas à montrer des pièces exigeantes (Polaris par exemple) et quelques surprises (Galerie Lily Robert), le reste semble assez embourbé dans des putasseries décoratives ou dans un post-minimalisme flamby.

La première bonne surprise des galeries de Belleville (hormis l’excellente exposition de Caroline Delieutraz chez 22,48 m2 qui fera l’objet d’un prochain post…) est « Playground » chez Emmanuel Hervé. Pour cette exposition collective dans ce qui est probablement la plus petite galerie parisienne, le galeriste a décidé de présenter des œuvres à hauteur d’enfant. Moquette épaisse, murs peints dans d’un bleu apaisant : la galerie se transforme en sympathique halte garderie. Ici, tout est ludique : même les pièces a priori austères comme celles de Peter Robinson s’animent au contact de l’espace. La plupart des autres œuvres sont manipulables, certaines offrant même de petits terrains jeu — cachettes comprises — aux bambins qui s’aventureraient dans la galerie. Les adultes ne sont pas en reste avec un communiqué de presse rédigé en rébus[1]

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Communiqué de presse "Playground", Galerie Emmanuel Hervé.

Communiqué de presse « Playground », Galerie Emmanuel Hervé.

Encore une collective chez Jocelyn Wolff avec « Über das fügen der dinge – Par raccroc » commissariée par Nasim Weiler (toute la qualité des commissaires mis à part, j’ai un peu de mal à comprendre les raisons qui poussent les galeries à faire appel à des commissaires « invités », surtout lorsqu’on a l’impression que les choix du commissaire collent au micron près au style de la galerie !). Si l’exposition est assez inégale, c’est tout de même l’occasion de découvrir le passionnant travail de William Engelen dont les expérimentations sonores découlent de problématiques de notations musicales. L’artiste s’efforce de produire des systèmes de notation censés permettre la réinterprétation de pièces échappant au solfège traditionnel. Ne sombrant jamais dans la pure théorie musicologique, s’en suit une interrogation stimulante sur la nécessaire précision (ou non) d’une partition destinée à l’exécution d’une pièce sonore.

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William Engelen

William Engelen

William Engelen

William Engelen

William Engelen

William Engelen

William Engelen (détail)

Enfin, une belle découverte chez Maëlle Galerie avec deux pièces de Julien Creuzet présentées (encore) dans une exposition collective (« Corps sans tête, un lendemain difficile »). Les titres des œuvres de Julien Creuzet sont à eux seuls de petites histoires La première, Transparent, voilages flottants. Camouflé parmi les éléments, le cristallin fixe caché l’illusoire. On subsiste seul, face à face, affligé de l’utopie percée. La profondeur camérulaire, il nous reste que le silence des mousses mortes, des carrex (2017) mais aussi En sueur, fatras, vieux bâton. Couleuvre, cœur, roi des hommes. Ta tige de roseau est devenue ton canon. Mon pull en laine loge l’hémoglobine, après un hiver toujours rude dans le Doubs (2017). Cette dernière pièce montrant un genre de fusil bricolé n’est pas sans rappeler la poésie de certaines pièces de Jimmie Durham.

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Julien Creuzet, En sueur (…), 2017.

Côté Marais, signalons la présentation de la trilogie vidéo Going Nowhere 1995-2016 de Simon Faithfull à la Galerie Polaris. L’artiste rejoue certaines postures du land art en y ajoutant la présence du dispositif de filmage et s’intéresse à ce que poser une caméra dans le paysage implique comme rapport parfois absurde à la performance. Enfin, l’étonnant travail de Jonas Wjtenburg (chez Lily Robert) qui se situe quelque part entre réflexion iconographique et mobilier d’art. Précieuses, jamais tout à fait décoratives ni tout à fait citationnelles, les œuvres de Jonas Wjtenburg imposent leur présence mystérieuse à coup d’images tronquées et de moucharabiehs finement ouvragés.

Simon Faithfull, Going Nowhere 2, 2011.

Simon Faithfull, Going Nowhere 2, 2011.

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Jonas Wijtenburg, Becoming/Unbecomming/Rebecomming, 2016.

Jonas Wijtenburg, Becoming/Unbecomming/Rebecomming, 2016.

Jonas Wijtenburg, Becoming/Unbecomming/Rebecomming, 2016.

Jonas Wijtenburg, Becoming/Unbecomming/Rebecomming, 2016.

+++

[1] « Playground » est aussi l’occasion de voir un Duplo de la collection Yoon Ja & Paul Devautour !

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6 réflexions sur “Petit tour des galeries parisiennes de février 2017

  1. Heu… Mais ce que je vois, là, de Playground me parait relever 100% de la « putasserie décorative », non ? Le Légo pas décoratif ??

  2. J’ai fait un trop rapide commentaire hier qui a disparu… Mais je voudrais bien comprendre en quoi ce « tableau-Lego » n’est pas de la « putasserie décorative » alors que de mon point de vue il en est à 100% Du reste les images de cette expo Playground (que je n’ai pas vue) ressemble vraiment à de la déco néo-conceptuelle : spirale, monocrome, variations géométriques etc… J’aimerais bien avoir vos éclaircissements sur cette (à mon sens) contradiction… MErci

    1. Il y a toujours un aspect décoratif dans l’art même si cet aspect est régulièrement rejeté (par les artistes, la critique etc.). Le tableau Légo dont vous parlez est une oeuvre de Paul Devautour qui à créé tout un tas d’artistes fictifs parfois parodiques, parfois sérieux, afin de revisiter les formes artistiques avec des matériaux banals comme c’est le cas avec cette pièce. Si on regarde bien, au delà de la blague qui consiste à faire une oeuvre en Légo (du coup la doxa « mon fils de 5 ans pourrait faire pareil’ s’applique vraiment!) Devautour fait un motif de briques avec des briques, mais ces briques dessinées par les Légos ne reprennent pas exactement la forme d’une brique (plusieurs briques pour faire une brique…), ce qui créé une sorte de décalage sémantique. Pour les autres pièces, je ne trouve pas que ça rejoint ce que j’appelle la putasserie décorative (en gros, ça recoupe tout ce qui ressemble à du dessin photoréaliste et le pseudo-street art), mais le mieux serait que vous voyez l’expo pour vous faire une idée.

      1. Merci de vos commentaires en retour. J’irai voir l’expo en effet, c’est souvent mieux… Cela dit d’un dernier mot et pour la joie du débat : ce que j’appellerai volontiers « putasserie décorative » c’est justement l’oeuvre qui sous couvert de créer un supposé « décalage sémantique » (toujours mauvais signe de sortir l’artillerie lourde pour défendre une oeuvre, non ?) ou de passer, dans son élaboration, pour plus malin qu’elle n’est en réalité ne propose in fine que du décorum. Le pseudo street art est généralement ringard ou sans intérêt mais ne cherche pas à tromper le client. Rien de putassier là dedans.
        Le Tableau Légo, la spirale vaguement bi-colore, la peinture mosaïque jaune sont très décoratifs, aucun trouble visuel, aucune incitation plastique à creuser davantage etc… mais ces travaux parviennent à aguicher, à faire de l’oeil, à faire de la retape…
        La « putasserie décorative » est une notion qui vous vaudra sans doute une postérité glorieuse mais à mon humble avis, elle rate ici sa cible. Amicalement

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