Contexte

Pourquoi produire des objets plutôt que rien ? Cette question paraît pour le moins saugrenue, dans un paradigme civilisationnel qualifié par Christopher Ryan de « Narratif du progrès perpétuel » (NPP). Selon Ryan, le narratif du progrès perpétuel prend racine dans la célèbre citation de Hobbes concernant la vie humaine avant l’avènement de l’État, conçue comme « solitaire, pauvre, méchante, brutale et courte1 ». Toutefois, Une fois affranchi de la doxa hobbesienne, il apparaît toutefois possible de rester critique face au progrès, sans tomber dans déploration ou la nostalgie (« C’était mieux avant »). Non mesurable, le progrès va de pair avec la croyance selon laquelle l’humanité, émancipée d’une nature jugée hostile grâce à la civilisation vit ses meilleurs moments. Ainsi, suivant cette doxa, il serait désormais impossible à un homme projeté dans la nature de survivre, car il y serait devenu inadapté. Grand récit par excellence de la modernité, le narratif du progrès perpétuel a vu émerger depuis quelque temps un récit antagonique, celui-ci prémoderne ou, plus précisément, préhistorique : celui du chasseur-cueilleur (ou chasseur-collecteur) et du fourrageur, plus volontier associés à l’humanité paléolithique. Longtemps jugé arriéré, ce mode de vie a bénéficié d’un regain d’intérêt dans les sciences humaines face à l’aspect entropique et suicidaire désormais incontestable du mode de vie moderne. La figure du chasseur-cueilleur, auparavant objet d’une défiance anthropologique –  voire de moqueries (qualifié tour à tour de « mythe du bon sauvage » ou de « rêverie romantique ») –, s’est invitée dans le débat public depuis une vingtaine d’années, à l’occasion d’une prise de conscience générale de la destruction, par la civilisation industrielle, des écosystèmes et donc de nos conditions d’existence2. Un symptôme de ce regain d’intérêt pour la figure ancestrale du chasseur-cueilleur peut être trouvé dans le succès de librairie de l’essai Sapiens de Huval Harari3. Dans cet essai largement inspiré de recherches comme celles de l’anthropologue de l’anarchie Scott4 et du père de la collapsologie Jared Diamond5, l’enjeu est de discerner le moment où l’humanité s’est engagée dans des choix funestes. Pour Diamond, l’effondrement des sociétés est toujours le fruit de décisions que l’on pourrait, avec le recul, juger comme non rationnelles. Plus précisément, ces effondrements procèdent toujours d’un énoncé de départ faux, suivi de mesures rationnelles prises à partir de l’analyse étonnée d’un contexte conduisant à l’effondrement. L’exemple le plus parlant pris par Diamond est celui du peuple de l’île de Pâques qui, face à une chute des récoltes, aurait décidé de consacrer une quantité croissante de temps, d’énergie et de ressources à la vénération de ses dieux, cette décision ayant pour effet la destruction irréversible de ressources, la modification de l’écosystème local de l’île et jusqu’à la disparition de ce peuple sur un espace devenu invivable pour l’être humain6. Diamond opère ainsi – fût-ce au prix de quelques raccourcis – une critique du narratif du progrès perpétuel : si une série de mauvaises décisions a pu conduire à l’effondrement de civilisations relativement isolées (des civilisations de l’île de Pâques aux civilisations précolombiennes plus complexes), de mauvaises décisions prises dans un monde globalisé et fini auront des conséquences sur l’ensemble du vivant de ce monde fini.

De son côté, Scott s’intéresse aux conséquences de ce qui fait civilisation, c’est-à-dire l’organisation des humains en États. Pour lui, l’apparition d’États, même rudimentaires, nécessite la mise en place de stratégies de contrôle qui passent par la mise en place d’une armée (dont le but affiché est généralement de se protéger contre des voisins jugés hostiles, mais dont la fonction effective reste, le plus souvent, celle d’une coercition de la population locale) et de l’impôt (denrée nécessaire pour entretenir un État7). Pour Scott, la collecte de l’impôt est impossible dans une société de chasseurs-collecteurs où la production de chacun des membres est difficilement mesurable (absence de récolte à date fixe, absence de stock important et absence de capitalisation des ressources, etc.) et que leur mobilité interdit un contrôle régulier. Ainsi, à la question « Quand cela a-t-il merdé ? » Scott répond : « Au moment de l’invention de l’État ». Ici encore, l’analyse entre en conflit avec le narratif du progrès perpétuel de la doxa hobbesienne qui voit dans l’État la garantie d’une vie bonne, du progrès et de la préservation de l’humain (contre la nature).

Les recherches sur les chasseurs-collecteurs comme celles de Scott trouvent un écho chez des artistes actuels qui tentent de penser et d’expérimenter la possibilité d’une démarche de chasseur-cueilleur adaptée au contexte contemporain. Par exemple, le travail de Laurent Tixador, dont une partie consiste à se rendre dans un lieu et à travailler avec des ressources prélevées dans un petit périmètre autour de ce lieu, questionne notre interdépendance avec des infrastructures de production et de distribution industrielles8. D’autres démarches artistiques choisissent de prendre le problème par le petit bout de la lorgnette : tel est le cas de Thomas Thwaites, qui a entrepris de reproduire un grille-pain du commerce avec ses propres moyens. La démarche de Tixador comme celle de Twaites montrent à quel point nos réseaux d’interdépendances sont prégnants et intériorisés – à quel point nous sommes psychologiquement dépendants de notre modèle civilisationnel entropique – reste à savoir s’il est possible, ou non, de s’en émanciper.

Re-fabriquer un objet technique du commerce

Thomas Thwaites est en deuxième année de design au Royal College of Art de Londres lorsqu’il lance Toaster Project9. L’idée de ce projet lui vient alors qu’il se rend chez Argos, un supermarché qui propose des grille-pain à 3,94 livres10. Il se demande s’il lui serait possible de construire un grille-pain identique à celui proposé par Argos, et, surtout, ce que cela impliquerait, en termes de temps et d’argent, s’il décidait de le fabriquer à « partir de rien », c’est-à-dire en prenant en charge l’extraction de l’ensemble des matériaux qui composent l’objet, mais aussi la transformation de ces matériaux et leur assemblage. Twaites insiste sur le fait qu’il est primordial que son expérience se déroule à l’échelle domestique, autrement dit : celle du bricoleur qui n’utilise que des outils à sa portée et avec un budget supportable pour un étudiant. Il lui faut donc définir ce qu’est l’essence du grille-pain, ce qui lui permet de déterminer le niveau de détail nécessaire pour que ce dernier puisse fonctionner.

La méthode de Thwaites s’inspire du retroengineering tel que pratiqué par les services de renseignement et d’espionnage industriel : démonter l’objet, analyser ses composants, en comprendre le fonctionnement et le reproduire. Mais l’obstacle principal, comparativement aux experts du retroengineering, est que Twaites ne dispose d’aucune compétence technique ni d’expertise à ce sujet. Il va donc devoir contacter des experts en minerais afin de pouvoir mener à bien son projet. Dès lors, il prend conscience que la reconstitution d’un grille-pain du commerce n’est pas seulement une aventure technique, mais également une aventure relationnelle durant laquelle il va lui falloir rencontrer des individus ayant une expertise qu’il ne possède pas.

Thwaites commence par démonter le toaster pour identifier l’ensemble des éléments qui le composent. Dans son idée, un grille-pain est un ustensile rudimentaire et peu coûteux. Toutefois, cette première étape va révéler qu’il se compose principalement de cinq matériaux (acier, mica, cuivre, plastique, nickel) qui composent 157 parties chacune constituée de 404 sous parties (par exemple, une résistance électrique est elle-même composée de huit sous-parties). À cette étape, se posent un certain nombre de questions relatives à la précision de la reconstitution de l’objet – quid, par exemple, des différentes couleurs des fils électriques, ou du degré de pureté de certains matériaux ? Twaites décide de fixer à 38 le nombre de matériaux de son toaster, dont 70 métaux, 80 éléments en plastiques variés, 2 minéraux (mica et talc) et un élément de nature inconnue (un ruban de papier humide dans le condensateur), ce qui est bien loin de la simplicité qu’il avait envisagée a priori… Une analyse chimique lui aurait permis davantage de précision, mais cela implique des compétences techniques et du matériel qu’il n’a pas. Il relate ses recherches sur un groupe Facebook intitulé « Fans of the mad bearded Englishman wandering around India trying to make a toaster », que reprendra un ouvrage relatant sa démarche11.

Le premier obstacle que rencontre Thomas Thwaites est sa méconnaissance de l’extraction des matériaux, hormis quelques vagues notions acquises au lycée. Il s’aide de la traduction d’un ancien traité sur l’extraction minière du xvie siècle (Georgii Agrivolae, De re metallica, 1556) –, mais, prend conscience de ses lacunes en la matière. Il décide donc de contacter Jan Cilliers, professeur de Mineral Processing à la Royal School of Mines de l’Imperial College of Science and Technology de Londres. Il expose sa démarche à Jan Cilliers qui essaye de lui apporter des réponses sur la faisabilité de son projet : s’il est possible d’extraire du cuivre, de l’acier ou du mica de manière rudimentaire, le plastique risque de poser davantage de problèmes dans la mesure où il s’obtient suivant des séries de réactions chimico-physiques nécessitant un équipement de précision. Cilliers demande à Thwaites les raisons pour lesquelles il veut absolument produire une coque en plastique pour son toaster : après tout, les premiers grille-pain, dépourvus de coque, étaient posés sur un socle en céramique, matériau beaucoup plus simple à produire. Mais Twaites tient absolument à reproduire le grille-pain de chez Argos. Les réticences de Cilliers quant à la production domestique de plastique vont par la suite se révéler fondées.

L’entretien avec le Pr Cilliers incite Thwaites à préciser son projet. Il décide d’énoncer trois règles pour la fabrication de son grille-pain12 : 1. Le toaster doit être identique (avec les mêmes caractéristiques) à celui acheté chez Argos ; 2. Réaliser toutes les parties du toaster en partant de rien (c’est-à-dire des matériaux bruts) ; 3. Fabriquer le toaster à une échelle domestique. Cela implique de s’entourer de compétences de proximité (Angleterre) avec un budget réduit, n’utiliser que des moyens de transport basiques (avions exclu) et pas de technologie récente (imprimante 3D, robots, etc.). Nous verrons qu’il finira par ne pas suivre ces règles à la lettre.

La piste de l’ancien toaster évoquée par Cilliers incite Thwaites à s’intéresser à l’histoire du grille-pain. AEG crée le premier toaster électrique en 1909 (modèle D-12). Le D-12 est alors composé d’un socle en céramique surmonté de deux porte-toasts latéraux métalliques au milieu desquels s’élèvent quatre résistances. Même s’il semble bien plus simple à produire, Thwaites campe sur son idée du grille-pain acheté au supermarché. Mais sa recherche sur le toaster lui fait prendre conscience que cet objet anodin du quotidien participe d’un système plus complexe. En effet, il apprend que la première usine électrique est créée à New York en 1882 et que, vingt ans plus tard, alors que les foyers commencent à être raccordés au réseau électrique, se pose un problème : la centrale doit produire de l’électricité en continu alors que la demande est fluctuante au cours de la journée et qu’on ne sait pas encore stocker l’électricité. Il faut donc trouver un moyen de dépenser de l’énergie de manière continue, et si possible l’utiliser à des fins productives. Cette caractéristique de l’électricité conduit les entreprises du secteur à chercher des applications à cette nouvelle énergie et à électrifier des outils qui jusqu’alors utilisaient d’autres sources d’énergie. Ainsi, le toaster ou la bouilloire électrique (inventée la même année par AEG) vont être le moyen de faire pénétrer l’électricité dans le quotidien des gens et résoudre en partie les problématiques de stockage de l’énergie. De cette manière, la cuisine domestique devient le lieu du foyer contemporain au sein duquel la modernité technologique prend la forme d’une multiplication d’ustensiles électriques.

Grille pain D-12 considéré comme le premier grille pain.

Thwaites entreprend plusieurs voyages afin d’obtenir du cuivre, de l’acier et du mica. Par chance, ces minerais se trouvent en Angleterre et en Écosse, ce qui lui permet de limiter ses déplacements. Il se heurte toutefois à la réalité de l’extraction minière qui nécessite généralement d’extraire plusieurs tonnes de roche pour pouvoir récolter quelques kilos de minerai13. Se procurer du nickel est plus problématique, étant donné que les mines les plus proches se trouvent au nord de la Finlande ou en Sibérie, et qu’il s’est interdit d’utiliser d’autres moyens de transport que terrestres. Il décide alors de faire une première entorse à ses règles en optant pour le recyclage de nickel contenu dans des pièces de monnaie canadiennes.

Le second obstacle majeur va être la production de plastique. Thwaites commence par contacter BP pour savoir s’il pourrait se rendre sur une plateforme offshore afin d’y récolter de la matière première. Il essuie un refus, motivé par les mesures de sécurité propres à ce type d’installation. Il se tourne alors vers la fabrication de bio-plastique à base d’amidon de pomme de terre, de vinaigre et de glycérine, mais le résultat se révèle décevant. Il va donc décider une fois de plus de contourner ses règles en recyclant du plastique récupéré. Une fois les matériaux bruts collectés, il lui faut les transformer, et là encore, il va devoir utiliser des sources d’énergie et des matériaux extérieurs, notamment pour la fabrication d’une fonderie puissante.

Thomas Twaites

Thomas Thwaites vs Bouvard et Pécuchet : l’idiotie comme moment tragique

D’un point de vue purement pratique, le toaster fabriqué par Thwaites se révèle être un échec : il fonctionne mal, durant un temps bref. Twaites a consacré 9 mois et dépensé 1 187,54 livres14 pour reproduire un grille-pain acheté 3,94 livres chez Argos. Mais cette recherche prend quasiment des allures de conte initiatique. Cette impression est d’autant plus forte que, dans son récit, lui-même adopte la posture du candide qui découvre que les denrées des rayons de supermarchés n’y apparaissent pas comme par magie et qu’elles nécessitent la mobilisation de toute une chaîne de production dont le consommateur n’a généralement pas conscience. Son récit prend des allures de conte initiatique : celui d’un voyage à travers l’Angleterre des mines abandonnées, transformées en attractions touristiques, ponctué de rencontres – anciens mineurs, scientifiques censés l’aider à élargir ses connaissances, Toaster Project lui permettant d’expérimenter des technologies allant du Paléolithique jusqu’à nos jours.

Que nous montre Toaster Project, au juste ? Premièrement, qu’un certain nombre de gestes qui nous semblent simples dans nos usages contemporains mobilisent en réalité des opérations complexes convoquant une technologie non domesticable par un individu isolé. Derrière ses airs de lapalissade, cette « découverte » met en évidence le fait que la plupart d’entre nous n’a pas conscience de la chaîne technologique convoquée par le fait de – par exemple – faire griller une tartine. Si on décidait de faire griller cette tartine sans avoir recours à cette chaîne technologique complexe, il faudrait renoncer au grille-pain électrique (après tout, il est possible de faire griller du pain au feu de bois), maîtriser la chaîne technologique du pain grillé ou renoncer à griller son pain (ce qui n’est, somme toute, pas une nécessité vitale). L’expérience de Twaites renvoie aux intuitions de Ivan Illich qui considère que pour qu’un objet soit convivial, il faut que l’individu soit à même d’en comprendre le fonctionnement et donc de l’adapter à ses besoins concrets15. Ici, Thwaites parvient à en comprendre le fonctionnement, sans réussir à le reproduire de manière adéquate. On pourrait ajouter que, par son obsession de reproduire à l’identique le toaster de chez Argos, l’artiste pratique une forme d’idiotie. Agir en bricoleur, c’est-à-dire décider d’adapter le grille-pain aux moyens du bord, lui aurait permis de réaliser cet objet de manière plus efficace. Mais même s’il y était parvenu, reste la question de la source d’énergie – l’électricité –, denrée qu’il est impossible de produire de manière autonome16. L’idiotie de Thwaites consiste à se fixer sur une forme précise sans envisager les solutions alternatives, les ruses techniques qui se cristallisent dans le « braconnage des savoirs » décrit par Michel de Certeau et qu’on retrouve dans la posture du bricoleur.

Cette idiotie rappelle à bien des égards celle de Bouvard et Pécuchet décrite par Flaubert17. Dans son roman inachevé, Flaubert décrit deux compères cherchant des explications simples à un monde complexe. Toutefois, si les expériences grotesques de Bouvard et Pécuchet mènent bien souvent à des catastrophes et que leurs explications sont souvent risibles, il n’en demeure pas moins qu’en y regardant de plus près, leur attitude relève d’une envie de comprendre. Le principal obstacle en est une confiance inébranlable en leur propre génie, doublée d’une ignorance quasi totale dans tous les champs dans lesquels ils s’engagent, et d’une foi dans les ouvrages de vulgarisation technique18. Le ressort comique convoqué par Flaubert point par moments dans la quête candide de Twaites. Mais au-delà de cet effet stylistique, c’est le tragique qui émerge : celui d’êtres humains dessaisis d’un environnement qu’ils habitent sans réellement le comprendre. Les dissonances cognitives produites par cet état engendrent une forme d’angoisse existentielle qui – une fois engagée – ne cesse de repousser sa résolution. Dans son essai Civilisé à en mourir, Christopher Ryan écrit que la différence entre l’homme civilisé et le chasseur-cueilleur est que ce dernier vit entouré de dangers, mais que ces derniers lui sont familiers19. Ainsi, ce qui pourrait caractériser l’être humain administré est qu’il est lui aussi entouré de dangers, mais que ces dangers sont vécus sous la forme de crises, impossibles à maîtriser et difficilement appréhendables autrement que comme idiotie. Dès lors, on comprend que la critique de la technique et du narratif du progrès perpétuel devienne une option intellectuelle plus que nécessaire et que l’idiotie puisse servir à juguler l’angoisse existentielle générée par la complexité entropique de l’ère thermo-industrielle.

Maxence Alcalde

Texte publié dans la revue Radial05, juin 2023.


1 Christopher Ryan, Civilisés à en mourir. Le prix du progrès (2019), trad. N. Casaux, Herblay, Éditions libre, 2022, p. 26.

2 Si ce mode de vie est régulièrement associé à la modernité, il a récemment été qualifié d’anthropocène, de capitalocène, de carbonocène, etc. Toutes ces dénominations renvoient en réalité à des attitudes humaines dont la caractéristique est de laisser des traces indélébiles sur leur environnement, notamment en procédant à un épuisement des ressources naturelles.

3 Yuval Noah Harari, Sapiens. Une brève histoire de l’humanité (2012), trad. P.-E. Dauzat, Paris, Albin Michel, 2015.

4 James C. Scott, Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers États (2017), trad. M. Saint-Upéry, Paris, La Découverte, 2019.

5Jared Diamond, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie (2005), trad. A. Botz, J.-L. Fidel, Paris, Gallimard, « nrf essais », 2006.

6La thèse de Jared Diamond est régulièrement remise en cause concernant la disparition des occupants de l’île de Pâques. Ce qui est régulièrement mis en cause dans la description de Diamond, c’est qu’il ne prend en compte que l’action humaine alors que d’autres facteurs semblent également expliquer cette extinction. Il s’agit donc d’une critique sur les rapports d’échelles, mais l’impact des décisions humaines face à un contexte en mutation n’en demeure pas moins central dans les effets produits.

7Chez Scott, la critique de l’impôt n’est pas d’ordre libertarienne, mais découle de la critique de l’État. Ainsi, si on suppose que les sociétés de chasseurs-cueilleurs induisent une solidarité, l’État s’accapare cette solidarité (dans le meilleur des cas) en s’en attribuant le monopole et en procédant – à des degrés divers – à une « répartition des richesses » (de ce point de vue, il n’existe pas d’exemple d’État réellement solidaire, dans le sens où cette forme de communauté produit des hiérarchies fortes et héréditaires, avec des intérêts de classe qui interdisent concrètement une répartition égalitaire des ressources). Ainsi, ce n’est pas l’impôt en soit que critique Scott, mais les conséquences de la nécessité du prélèvement de l’impôt sur l’organisation des communautés humaines.

8 Sur ce point, voir notre entretien avec Laurent Tixador paru dans Radial 3 (Maxence Alcalde, « Laurent Tixador. Usine à visée non apocalyptique », Radial 03, « La frugalité », Le Havre/Rouen, Éditions ESADHaR, 2020, p. 9-12).

9 Je remercie Blandine Degearier, qui a attiré mon attention sur le travail de Thomas Twaites.

10Soit 4,47 euros en 2011.

11 Thomas Twaites,The Toaster Project. Or a Heroic Attempt to Build a Simple Electric Appliance from Scratch, New York, Princeton Architectural Press, 2011.

12Ibid., p. 38.

13 Cette problématique est d’ailleurs au cœur de nos besoins en minerais qui induisent des forages de plus en plus profonds et des entrants de plus en plus polluants afin de séparer le minerai recherché du reste des terres forées (cf. Guillaume Pitron, La Guerre des métaux rares. La face cachée de la transition écologique et numérique, Paris, Les liens qui libèrent, « Poche », 2019 ; et l’entretien d’Aurore Stéphan pour Thinkerview <www.thinkerview.com/aurore-stephant-leffondrement-le-point-critique>).

14Soit 1647,65 euros en 2011.

15 Ivan Illich, La Convivialité (1973), Paris, Seuil, « Points Essais », 2014.

16Il est évidemment possible de produire de l’électricité de manière domestique, mais cela nécessite la fabrication d’une éolienne ou de panneaux solaires et d’un moyen de transformation, de stockage et d’acheminement jusqu’à l’objet. Ce n’est donc pas parce qu’on a installé une éolienne dans un jardin qu’on est autonome en électricité et que cette électricité devient conviviale (ni d’ailleurs qu’elle devient « propre ») !

17Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet (1880), Paris, Gallimard, Livre de Poche, 1959. Ajoutons, comme le précise Raymond Queneau dans sa préface de 1959, que Flaubert avait envisagé de sous titrer son roman « du défaut de méthode dans les sciences » (p. 9), sous-titre dont on trouve un certain écho dans la collapsologie de Jarred Diamond ou dans les recherches autour de la notion de technocritique.

18 On pourrait d’ailleurs établir un parallèle entre les ouvrages de vulgarisation technique de la deuxième partie du xixe siècle et les livres de développement personnel actuels, les deux promettant au lecteur d’acquérir des compétences facilement utilisables dans la vie de tous les jours.

19Christopher Ryan, Civilisés à en mourir, p. 38.