« Banksy versus Bristol Museum » : un cas de communication autour d’une exposition

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Banksy est connu pour être inconnu. Plus exactement, dans la grande tradition du street art, cet artiste a su organiser une sorte de légende autour de son personnage. On ne sait pas vraiment qui c’est (dit-on!), mais on arrive à le trouver pour lui faire faire des bouquins et des expos. Selon le site de Chanel 4, il arrive même a être pote avec Damien Hirst, vendre des œuvres à Angelina Jolie, Brad Pitt et Christina Aguilera et à faire la pochette d’un des disques de Blur. Malgré tout cela, impossible de savoir qui se cacher derrière le graffeur le plus célèbre du Royaume Uni. Ça doit être ce qu’on appelle « la magie de l’art »…

Selon le tabloïd anglais The Daily Mail, il s’agirait d’un individu nommé Robin Gunningham… même faux, ce « scoop » contribue à faire s’enfler le buzz autour de Banksy.

Pour l’exposition de Bristol – sobrement intitulée « Banksy versus Bristol Museum » – la « légende » à pris une épaisseur supplémentaire. Précisons que « Banksy versus Bristol Museum« , présentait une série d’œuvres de Banksy s’insérant de manière incongrue dans la collection du musée de Bristol (voir vidéo ici) un peu à la manière des Détrompe-l’œil des années 1950 de Daniel Spoerri. On y trouve également certaines œuvres originales et assez réussies.

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Mais ce qui semble particulièrement intéressant autour de cette exposition – qui a été un des évènements de la saison 2009 – est la manière dont le musée de Bristol a communiqué et surtout la manière dont cette communication a été studieusement reprise par la presse culturelle. Par exemple, on peut lire sur le site Cultural Engineering Group Weblog :

 » […] la surprise vient aussi du fait qu’aucune promotion ou publicité n’a été faite pour cette exposition. Celle-ci a en effet été annoncée la veille de son ouverture et a été préparée dans le plus grand secret en parfaite entente entre l’artiste et la municipalité. Le musée a été fermé pendant tout le montage sans la moindre fuite (hormis deux musées concernés par les œuvres à acheminer étaient au courant). Sa directrice Kate Brindley avoue que cela fut très difficile de garder le secret depuis le mois d’octobre et reconnaît avoir fait un pari risqué pour son institution. ».

Le problème avec cette déclaration est que l’auteur de l’article dans le Cultural Engineering Group Weblog en tire des conclusions péremptoires qu’il n’hésite pas à généraliser à l’ensemble du « management culturel »: à savoir que cette exposition « sans communication », montée dans le « plus grand secret » inaugurerait une nouvelle ère de présentation de l’art (sic). Je savais que les « managers culturels » (je ne sais pas vraiment comment nommer cette profession) n’étaient jamais avare d’efforts pour faire marrer leurs contemporains avec des généralisations à l’emporte pièce (souvent accompagné de « concepts » foireux), mais là, on frôle le burn out.

D’ailleurs, je pensais tout aussi naïvement que personne n’oserait plus nous refaire le coup de l’artiste rebelle qui est un  peu honteux de se faire « récupérer » par le musée, mais qui tente de « garder la face » (avec un l’argument curatorial grotesque du « je joue le jeu sans jouer le jeu en restant anonyme (pour les ploucs) »). Idem pour le coup du musée qui joue à faire le rebelle tout en tenant sa place institutionnelle de laquelle il est naturellement indétrônable (souvenez-vous du risible  « Dionysiac » au Centre Pompidou).

Le personnage Banksy attire également autour de lui nombre de fans un peu comme une star de la pop (et donc avec autant de discernement et d’esprit critique). Un des exemple les plus parlant de cette adoration pourrait être son fan club français sur les pages duquel on peut lire :

« On raconte qu’il aurait refusé des centaines de collaborations avec des compagnies d’envergure telles que Nike, puisque incapable d’accepter l’idée qu’alors qu’il empoche des millions de dollars, de jeunes enfants s’échinent à travailler dans des conditions inimaginables. Selon les diverses sources, il dit même que la liste des projets refusés supplante grandement celle des collaborations qu’il a acceptées. Banksy ne compte pas sortir de l’ombre de sitôt, privilégiant plutôt accentuer l’intrigue. »

Comment interpréter cette nouvelle légende autour d’un artiste qui connait une ascension fulgurante des dernières années ? Faut-il vraiment croire qu’une exposition puisse à ce point ameuter un public fourni sans communication au préalable, sans avoir préparé l’évènement dans la presse grand public et spécialisée ? Comment peut-on imaginer des financiers (ici la ville de Bristol) voter un budget pour une saison dont ils ignorent la programmation? Comment interpréter la crédulité de la presse rapportant cette « légende » sans la moindre once d’esprit critique ? Pour ma part je reste assez septique sur ce sujet, en revanche je comprend parfaitement le buzz créé autour de Banksy : question de « street-credibility ».

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6 réflexions sur “« Banksy versus Bristol Museum » : un cas de communication autour d’une exposition

  1. Nous vous remercions d’avoir fait mention de l’article que nous avons publié à propos de l’exposition Banksy. Toutefois il convient d’apporter quelques précisions à votre post :

    – à aucun moment l’auteur ne fait mention d’une « nouvelle ère de présentation de l’art », contrairement à ce que vous affirmez, là pour le coup, de manière péremptoire ;

    – vous traitez de manière plus qu’anecdotique le fond de l’exposition proprement dite, ce qui est surprenant pour un spécialiste de l’esthétique contemporaine. Peut-être que vous considérez que ce n’est pas l’objet de votre article, mais avec le nom et la phrase vocative de votre blog, on aurait pu s’attendre à plus en la matière ;

    – avec la fonction politique que vous occupez depuis 2008, il est surprenant que vous disiez (ou feignez) ne pas comprendre précisément ce qui relève du management culturel (on parle dans le cas présent d’ingénierie culturelle) et plus largement des stratégies, des méthodes et des outils de définition, faisabilité, programmation, mise en œuvre, suivi et évaluation des politiques et projets culturels;

    – l’article en question s’interroge sur l’ampleur du succès d’une exposition d’un musée qui n’a pas l’habitude (ni les moyens) de figurer dans les sommets du classement annuel de The Art Newspaper et qui a utilisé une approche peu conventionnelle de la communication au cœur de sa méthodologie de projet, ce qui est 1) suffisamment rare pour être souligné et 2) relève d’une stratégie qu’il convient d’expliquer afin de mieux partager les pratiques et les expériences qui permettent à la culture et aux arts d’être des succès publics, y compris lorsqu’elles sont inhabituelles ou bousculent certaines habitudes du secteur ;

    – le « personnage » de Banksy ne se résume pas à un opportunisme « people » ou à un concept marketing fumeux de culture pop tel que vous le décrivez et en l’occurrence l’exposition Bristol montre clairement que le street art a sa place au musée, aussi anachronique cela vous semble-t-il et n’en déplaise aux puristes, et non plus uniquement dans les bulles spéculatives des galeries ou des salles de ventes, preuve en est la faible fréquentation de l’exposition de street art à Sotheby’s Paris il y a tout juste quelques mois ;

    – tout artiste ou institution utilisant des stratégies de buzz ne masquent généralement aucune vacuité de forme ou de sens, sinon l’imposture ne marche qu’une seule fois et vous le savez très bien, c’est rédhibitoire. Quand l’artiste français Thierry Guetta a.k.a. Mr Brainwash se fait filmer par le L.A. Times en pleine action aussi illégale soit-elle, croyez-vous sincèrement qu’ils s’agisse uniquement d’une opération de promotion orchestrée par un star capricieuse gâtée pourrie par le gotha hollywoodien, célébrée par des hordes de fans transis et écervelés, relayée par un média opportuniste et le tout encouragée par des curators manipulateurs ? Au nom de quoi ? Depuis quand chercher à promouvoir son travail en utilisant les moyens actuels de la communication, du marketing, des médias, du marché et des institutions culturelles est un problème ?

    – vous faites également l’impasse sur le caractère pour le moins passionnel de la relation qu’il y a entre les habitants de Bristol et Banksy et plus largement vous faites bien peu de cas des liens qui peuvent se tisser entre un territoire et ses artistes, liens qui, dans des villes comme Bristol qui ont connu un passé aussi fort, participent à une cohésion sociale et une fierté d’appartenance parfois proches d’un patrimoine commun ;

    – enfin, vous consentez à comprendre le buzz mais vous vous contentez de douter lourdement de la démarche des autorités organisatrices de l’exposition (musée et municipalité) ou plutôt de l’histoire que la stratégie de buzz raconte. Evidemment que tout ceci a été organisé, planifié et construit étape par étape avec le savoir des « managers culturels » qui vous semblent curieusement si étrangers ;

    – au final, on ne sait pas quel est le véritable point de vue de votre article, ce qui est regrettable compte tenu de votre talent.

    La suite de l’article sera justement une interview par notre auteur de Kate Brindley, qui était la directrice du musée à ce moment-là, pour illustrer ce qui permet justement d’expliquer les clés du succès de l’exposition Banksy.

    Cordialement,
    Cultural engineering group.

      1. C est bien connu, le secret fait vendre et c est pas DaVinci Code qui me contredira!
        Alors une communication differente, je veux bien, mais dire qu il n y a eu aucune communication est faux pour deux raisons. La premiere c est que l exposition a ete « annoncée la veille » (d ou communication). La seconde c est que fermer un musee aux visiteurs (je ne connais pas la duree de fermeture que je suppose s estimer en jours plutot qu en heures) est une communication. En effet, le premier reflexe sera alors de vouloir connaitre le secret de cette fermeture!
        Mais le secret ne cache t il pas (…) quelque chose d inavoue/inavouable?

        PS: DaVinci Code est vraiment bon pour la poubelle

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