Anonyme, Vanitum Bisounoursum, 1416 c.a.

Je me suis enfin décidé à aller voir l’exposition que le Musée Maillol consacre aux Vanités. J’avais quelques craintes face à un « thème » aussi bateau ; le genre de sujet pour étudiants de première année d’histoire de l’art ou pour candidats au capes d’arts plastiques. Mais par pure conscience professionnelle, par dévotion pour la cause de l’art contemporain, n’écoutant que mon courage, je décide d’aller jeter un œil à cette exposition.

Inutile de ménager le suspens, mes craintes étaient fondées. Malgré la petite astuce dans le parcours de l’exposition qui consiste à inverser la chronologie pour aller du 21e siècle aux « origines », on est bien dans une exposition linéaire, égrainant les thématiques habituellement liées à la Vanité, sans audace, sans surprise.

Les salles consacrées au 21e-20e siècle sont relativement décevantes tant elles ne considèrent la Vanité que sous l’angle de la « tête de mort », lecture hyper formaliste qui interdit toute actualisation du sujet (mais rend possible la présence de produits dérivés sympa au magasin de souvenirs !). Une fois de plus, on confond « Cabinet de Curiosité » et « Louis la Brocante » en consacrant une salle à cette thématique ici extrêmement mal dégrossie (Partricia Falguière résume très bien les problématiques liées au studiolo, au cabinet de curiosité et autres présentations de ce genre dans un article paru dans le catalogue « L’intime » édité par la Maison Rouge en 2004). Je rêve du jour où ces feignasses de commissaires d’expositions arrêteront de confondre Elle Déco et l’histoire de l’art et de son exposition…

Chose amusante de la scénographie, une toile de Yan Pei Ming représentant un crâne (de face) qui fait face à un crâne (de dos) de Miquel Barcelo. Comme les deux toiles sont de formats et de tons comparables, on a vraiment l’impression de se retrouver dans un show room spécialisé en peinture de « tête de mort » ou encore chez le coiffeur (vous savez, le moment où il agite son petit miroir derrière votre dos en baissant le menton dans l’attente de votre verdict impartial…).

Mais le plus grotesque reste la tentative de scénographie d’exposition des salles consacrées à la « Naissance de la Vanité » (dans lesquelles on peut voir des œuvres de De la Tour, Zubaran, etc… ) où des phrases sans intérêt sont projetées à la « va comme je te pousse ». Impossible de comprendre le raisonnement tordu qui a fait germé cette idée digne des plus beaux Macumba de France et de Navarre. En même temps, l’idée d’emmener De la Tour au Macumba est assez rigolote, bien que je ne pense pas que ça soit vraiment le projet du commissaire d’exposition !

Exemple de projection de textes débiles pour une scénographie ratée (image empruntée au blog "les Balades de Mina").

Alors bien sûr, « Vanités » est l’occasion de voir des œuvres intéressantes (j’écris ça pour les neu-neus qui ne comprennent toujours pas la différence entre « critique d’exposition » et « critique d’art« …). Je me suis même pris à apprécier une petite toile de Jean Hélion (Trois Crânes, 1957) artiste dont la gloire (hexagonale !) m’a toujours parue bizarre. La vidéo de Paolo Canevari (Bouncing Skull, 2007) montrant un jeune garçon jouant au foot avec un crâne dans un paysage de ruine est saisissante, voire d’actualité (mais très mal exposée !). Les photos de têtes de mort sculptées dans des fruits et des légumes de Dimitri Tsykalov (série Skull, 2005) ou celle de McDermott et McGough (Tears From the Depths of Some Divine Despair, 1911, 1991) sont de véritables moments de grâce, mais elles ne parviennent pourtant pas à sauver le propos de l’exposition.

Dimitri Tsykalov, Skull, 2005.

De nombreuses images de l’exposition « Vanités » sont disponibles sur le Blog les Balades de Mina.

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