Et soudain, le doute m’assaille au musée d’Orsay…

Enfin! J’ai trouvé le temps d’aller faire un tour au Musée d’Orsay nouvelle version et cela malgré des horaires d’ouverture un peu bizarroïdes pour un des plus grands musées français. Je n’y suis pas principalement allé pour voir les oeuvres, mais pour voir le nouvel aménagement des salles et puis peut-être  l’Hallali au Cerf (1867) de Courbet prêtée à Orsay par le Musée de Besançon.

Gustave Courbet, L'hallali au cerf, 1867. Huile sur toile, 355 cm × 505 cm.

Concernant le réaménagement des salles, rien de vraiment spectaculaire pour un visiteur qui n’a pas passé sa vie dans ce musée ces dernières années et qui a vu d’autres musées où les murs colorés sont désormais quelque chose de répandu. Ça fonctionne assez bien à Orsay, c’est propre, pas grandiloquant, et ça permet (à la marge) d’avoir une petite modification de l’appréhension des volumes d’exposition, voire parfois de certaines toiles. Mais en écrivant cela, j’ai bien conscience que j’enfonce des portes ouvertes au bazooka…

Soudainement, la visite du Musée d’Orsay m’a plongé dans un certain trouble, quasi métaphysique.

D’abord, et je le savais déjà un peu, j’éprouve quelques difficultés à m’intéresser très longtemps à l’art du 19e siècle (je trouve que les idées défendues par les artistes de l’époque sont généralement plus passionnantes que les « objets » proposés par exemple). N’étant pas spécialiste du sujet, mes sources d’émerveillement s’en trouvent limitées. Alors, je me suis pris à faire comme tout le monde, c’est-à-dire aller jeter un oeil furtif à des oeuvres canoniques, histoire de les voir ou les re-voir en « vrai », renouant ainsi avec mon devenir-touriste. Ce qui me porte finalement à croire que sans  bagage solide, il est très compliqué de voir les oeuvres non contemporaines (et/ou non occidentales) autrement que comme un touriste. Et si finalement ma condition de touriste ne serait pas la conséquence directe de mon hyper spécialisation dans l’art contemporain (je me sens capable de percevoir les plus petites variations dans la production contemporaine, alors que ces mêmes choses me passent au dessus du bourrichon pour les oeuvres anciennes).

Deuxième chose, la madeleine de Proust. Je suis resté un certain temps fasciné par les oeuvres un peu cucu des symbolistes. Des chimères, des dames du lac et autres représentations hybrides et mythiques des errances fantastiques des peintres et sculpteurs d’alors. Bien souvent, on est tout de même pas loin d’une transposition de l’art pompier dans l’imagerie fantastique, mais ces oeuvres m’ont intéressé. En y réfléchissant un peu, je me demande si cet intérêt n’est pas le fruit d’une sorte de nostalgie de mes années d’adolescence, quand je feuilletais fébrilement chaque numéro de Dragon mag’ (un magazine pour rolistes des années 1990 et qui regorgeait d’illustrations un peu kitsch mais foutrement « bien dessinées » comme on disait à l’époque !). Finalement, peut-être qu’une part de la fascination que j’ai pour certains genres d’art contemporain (l’archéo-futurisme, pour faire vite) découle de ce type de sensation. Donc à méditer…

Dernière chose, une toile monumentale d’Henri Gervex m’a spécialement laissé perplexe. Dans Une séance du jury de peinture (1883), l’artiste représente une foule de connaisseurs en train d’ausculter et de manipuler des oeuvres. La peinture s’éloigne de la verve caricaturiste de l’époque (gravures et dessins qu’on pouvait trouver dans les journaux illustrés de la deuxième partie du 19e siècle) mais pour autant, le fait que la plupart des personnages du tableau tournent le dos au spectateur n’est pas sans suggérer un certain cynisme (au delà de la tradition d’anti-théâtralité instaurée par Diderot) . Sans sauter à pieds joints dans l’anachronisme historique, je me demande s’il n’y aurait pas quelque chose à chercher autour de la critique artiste de l’institution dans cette toile qui, pourtant, répond formellement aux attentes esthétiques et académiques des années 1880 (et probablement même d’avant). Corrélativement, certaines des oeuvres critiques actuelles ne procèdent-elle pas d’une même forme d’académisme ou d’art pompier, non plus formellement parlant, mais conceptuellement. Je pense aux oeuvres d’artistes comme Tino Seghal ou les expos dernièrement organisées par Mathieu Copeland

Gervex Henri (1852-1929, Une séance du jury de peinture au Salon des Artistes français, 1883. Huile sur toile, 300 x 420 cm.

***

Epilogue :

Merde ! c’est pour fêter mon centième post que j’expose mes doutes !

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