Salon de Montrouge 2012

Si il est une entreprise curatoriale casse-gueule, c’est bien ce genre d’exposition collective non thématique (ce n’est pas qu’une expo thématique soit systématiquement meilleure, mais un prétexte curatorial rend souvent plus lisible l’homogénéité de la présentation en tant que récit) . Le grief généralement adressé à ces présentations est leur aspect « diplômés de fin d’année » donnant aux oeuvres exposées un aspect démonstratif, un peu scolaire. Evidemment, le Salon de Montrouge ne fait pas exception: un mur par artiste, beaucoup de jeunes diplômés des Ecoles, une plaquette par artiste, beaucoup de choses dans peu d’espace, etc. Mais la qualité générale des oeuvres permet d’oublier cette sensation pour se concentrer sur les pièces. De toutes façons, c’est ici que les critiques d’art viennent faire leur shopping de jeunes premiers.

Petit tour d’horizon de choses vues et quelques artistes à suivre (comme on dit)…

Marianne Muller présente des diptyques photographiques où elle met formellement en relation des images en ne tenant compte que de leur composition. Images célèbres ou banales, ces couples illégitimes révèlent une vraie force poétique dans leur juxtaposition.

Marianne Muller (de gauche à droite : peinture rupestre, champignon atomique)

Le groupe d’artistes Ende Wieder réalisé une vitrine proposant les matériaux constituant un corps humain (selon les déclarations d’un scientifique de 1924). Ce n’est pas mal, même si ça me rappelle une autre pièce de Mickaël Dans (Bodycount) du catalogue Buy-sellf (p. 46/47 qui doit dater de 2000-2001), bien que formellement un peu plus beuysien…

Ender Wieder

Les oeuvres de Mimosas Echard sont fragiles, comme des petits morceaux frêles prélevés au réel. Son l.o.v.e rompt avec le popisme ostentatoire de celui de Robert Indiana pour lui préférer une sobriété poétique à la Jason Dodge. Formé par des rognures de parasites sur des feuilles, il est particulièrement poétique… reste à reconsidérer l’amour comme une activité principalement parasitaire.

Mimosas Echard, Love, 2012.

Nicolas Momein fait réaliser des sculptures par des vaches. Il en résulte des blocs de sel sculptés par les langues de Marguerite, la Noiraude et consorts. On ne sait pas bien où situer ces oeuvres, si elles tirent du côté d’un minimalisme bon teint ou de celui d »un dadaïsme goguenard (l’épisode du tableau peint par un âne dans les années 1910 ou des lacérations de rhinocéros de Dali!). Il faut dire que la scénographie ne rend pas vraiment service à ces pièces disposées au milieu du passage.

Nicolas Momein

Nicolas Momein

Les dessins d’Agathe Pitié jouent la profusion. Réalisés aux traits, parfois rehaussés de doré ou de blanc, les figures saturent l’espace pour narrer des batailles absurdes. On se perd littéralement dans ces enchevêtrements de lignes comme autant de mantras, de tentatives d’ésotériser un monde hypermédiatique. Le site de l’artiste montre d’autres réalisations passionnantes comme ses gravures sur bois très étonnantes.

Agathe Pitié,

Agathe Pitié, (détail)

Et bien sur, la belle édition de Maxime Chanson consacrée à une tentative de typographie des démarches artistiques contemporaines, mais que je n’ai pas encore eu le temps de totalement éplucher pour avoir un avis éclairé sur l’entreprise de l’artiste. Pour être tout à fait honnête, l’exposition de son travail à Montrouge (un mur sur lequel est reproduit son tableau d’analyse des oeuvres présentées au salon, donc compliqué à lire pour le visiteur) est un peu décevante. Contrairement au livre d’artiste qui trouve sa forme, la transcription du processus de Maxime Chanson dans l’espace d’exposition fonctionne mal.

Mais mes deux préférés sont incontestablement Lucy Watts et Alderic Trevel.

Lucy Watts réalise de petits dessins ironiques et narquois. Même si on sent l’influence de David Shrigley (en un peu plus insider du monde de l’art!), ses oeuvres restent originales et pétillantes comme une ode à l’extension du domaine de la blagounette.

Lucy Watts

Lucy Watts

Lucy Watts

Alderic Trevel s’intéresse à la manière dont il est possible de recoder les mondes numériques dans une galerie d’art. L’artiste propose des passages un peu bâtards, fait parfois le malin, et parvient souvent à mettre en échec nos habitudes de spectateur. Ici encore, la scénographie du salon ne rend pas vraiment hommage à son travail, mais son site permet de comprendre la profondeur du travail de l’artiste.

Alderic Trével

Donc plutôt une bonne fournée pour ce Salon de Montrouge 2012, si l’on met de côté la plupart des vidéos présentées (avec une tendance au « vintage », aux images ralenties et aux fonds sonores à la Steve Reich du pauvre), les grandes photos d’univers périurbains à la Jeff Wall et la catastrophique présentation du premier étage avec quelques pièces vraiment très pénibles.

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Une réflexion sur “Salon de Montrouge 2012

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