Vraiment pas de bol pour PPDA avec tout ce qui touche de près ou de loin à Cuba. D’abord, il y avait cette interview bidonnée de Fidel Castro en 1991 (dont les bandes ont mystérieusement disparues des archives de l’INA!) et puis maintenant, cette histoire autour de la biographie d’Hemingway. Quelle guigne !

Le Daïquiri, cocktail préféré d'Hemingway, était lui même une sorte de plagiat du célèbre Mojito Cubain !

Blague à part. Cette aventure éditoriale de flagrant délit de plagiat débusquée par Jérôme Dupuis (L’Express) est une occasion de plus de voir à quel point cette pratique s’est développée et s’est généralisée, le plus souvent couverte par un sentiment total d’impunité. Pire, lorsque les « auteurs » (il faudrait trouver un terme moins ironique!) des plagiats sont démasquées, ces derniers se disent toujours victime de distraction (« j’ai oublié de mettre des guillemets. Sorry les mecs, je ne recommencerais plus ») ou d’un collaborateur qui aurait merdé (le fameux « lampiste », bien pratique en toutes situations même après la disparition totale des bec à gaz). Patrick Poivre d’Arvor ne déroge pas à la règle lorsque – pris la main de le sac et les joues pleines de confiture – il se déclare « sidérée » et trouve « trés désobligeant » cette accusation de plagiat. Le critique littéraire Jérôme Dupuis qui est un vrai professionnel (c’est-à-dire qui n’a pas d’émission « Littéraire » où recevoir De Villepin pour son dernier chef d’œuvre de poésie ou n’importe quelle autre tâche qui raconte son cancer), et qui donc fait son travail de manière consciencieuse, a même relevé qu’environ 1/4 de la bio signée PPDA était du plagiat du livre de Peter Griffin paru en 1989. Pour résumer, si PPDA n’a pas lu son propre livre, Dupuis l’a généreusement fait pour lui. Et j’en parierai mon Daïquiri qu’en cherchant un peu, on pourrait trouver d’autres occurrence d’emprunt à d’autres auteurs. De là a passer l’ensemble de l’œuvre de PPDA (et donc aussi de son frangin) au peigne fin des logiciels anti-plagiat, comme ça pour voir, juste histoire de laver « l’homme de lettres » de tout soupçon.

En début d’année, j’ai viré cinq étudiants du mon cours parce qu’ils m’avaient rendu un texte qu’ils avaient quasi intégralement pompé (généralement sur le web, ce qui rendait mon enquête très facile!). Lors de la petite séance d’humiliation publique que je leur ai servi (laïus en débit de cours en les désignant nommément et les invitant à prendre leurs affaires et partir), ces derniers ont tenté le même genre de protestations que celles de PPDA (erreur de manipulation de fichier, problèmes d’impression, oublie de guillemets, et autres excuses bidons)…

Que ce serait-il passé si le critique de l’Express n’aurait pas levé le lièvre ? Patrick Poivre d’Arvor aurait-il fait le tour des émissions littéraires avec son air inspiré lançant du « je porte en moi ce livre depuis 30 ans », « Hemingway m’a toujours hanté », « je me sent une communauté d’esprit avec l’écrivain américain, nous avons les mêmes blessures…[silence]  » ou le moins glamour « je me suis énormément documenté pour écrire ce livre ». PPDA aurait-il pu apparaître comme un spécialiste incontesté d’Heminway (ayant apparemment plagié une très bonne bio) ? Le livre de PPDA aurait-il été un bestseller grâce au travail non crédité d’un autre (d’ailleurs, si j’étais éditeur, je me précipiterai pour republier le Griffin) ?

Alors quelle leçon tirer de ces épisodes ? A mon sens, il est primordial de ne pas capituler devant ces pratiques, non seulement parce qu’elles ruinent les efforts de ceux qui travaillent sérieusement (plusieurs année de boulot pour écrire une bibliographie contre 5min pour faire un C/C) et qu’en plus elles tuent à terme le travail intellectuel (si tout le monde se borne à copier toute le monde, nous auront rapidement une recherche tautologique, c’est-à-dire plus de recherche du tout). Occasion une fois de plus de rendre hommage au colossal travail mené par Jean-Noël Darde (archéologie du Copier Coller) ou Michelle Bergadaà. Et on ne peut que se féliciter que des critiques littéraires s’emploient à leur tour à débusqué les imposteurs « objectifs ». Alors, à Jérôme Dupuis de conclure non sans une certaine ironie :

« Il est vrai que ses journées ne lui laissent guère le loisir de travailler à de volumineuses biographies. Ces temps-ci, outre une émission hebdomadaire sur France 5 (La Traversée du miroir), une chronique quotidienne dans France-Soir, la direction, avec son frère Olivier, de la collection d’anthologies littéraires Mots pour mots aux éditions du Seuil et la mise en scène, l’été dernier, d’un opéra (Carmen), PPDA continue à être un écrivain prolifique. Souvent avec succès : il a ainsi obtenu le prix Interallié en 2000, pour L’Irrésolu, et s’est hissé jusqu’à la première sélection du Goncourt 2006, pour Disparaître, cosigné avec son frère. Si l’on s’en tient à la seule année 2010, il a publié un roman, cosigné deux essais, réuni huit anthologies et rédigé six préfaces… »

Le bon sens dirait quant à lui « si t’as pas le temps d’écrire des livres, t’as qu’à pas en écrire ! » et PPDA de répondre « Oui, mais comment je me paye mes moumoutes si je ne passe plus à la télé ? ».

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