Gary Webb à la galerie Mitterrand

Gary Webb

Gary Webb, Eye Ball Story, Galerie Mitterrand

Gary Webb accueille le visiteur avec un tapis de triangles disparates de plastique rose et gris jonchant le sol de la galerie. Donnant son nom à l’exposition (Eye Ball Story, 2014), le premier « objet » sur lequel on bute est un ensemble hétéroclite de matériaux aux couleurs flashy. Il faut un certain temps pour se rendre compte que ce que nous avions au premier abord pris pour une sculpture élégante — et gentiment eighties — tient grâce à un filet de gigot !

D’emblée, le ton est donné. Gary Webb se moque du monde en convoquant des formes et des matériaux familiers et vintages agencés en sculptures séduisantes ; « Pop » comme on le dirait de quelque chose d’efficace, de consommable et d’immédiat.

La déambulation se poursuit en croisant des miroirs en formes de palmiers (My First Drawing, 2014) ou une étrange sculpture  à mis chemin entre un comptoir ambulant de bord de plage et une luge renversée (Made Like a Laptop, 2014). Le doute s’insinue : et si le Pop déployé à grands frais par l’artiste n’était qu’un leurre ? Si cette roublardise insouciante et sucrée n’était là que pour faire labyrinthe ? Hypothèse confirmée quelques mètres plus loin alors qu’apparait un « L » minimaliste de verre (Larry’s Chiseled Jaw, 2014).

Une forme est prisonnière de l’étrange monolithe : un monticule de sable troué comme du gruyère dont l’écrin de verre suit les contours. On ne peut s’empêcher de penser à un sarcophage. Mais les matériaux viennent en complexifier le sens : un bloc de sable mité conservé dans un cercueil de verre, matériau lui-même composé de sable… On passe d’un matériau primitif au matériau raffiné. Le verre se paye même le luxe de jouer avec les profondeurs et les couleurs : les deux faces teintes —l’une en vert l’autre en jaune — répondent à la fois au mur du fond de l’espace peint en jaune, mais aussi à la couleur originale du sable.

Le monolithe est sans conteste la clé de l’installation de Webb. Larry’s Chiseled Jaw opère un choc séminal à la manière de celui ressenti à l’apparition du monolithe noir et lisse du 2001 de Kubrick ; choc elliptique qui va permettre de parcourir à nouveau l’histoire que constitue toute exposition, enjoints d’y déceler de nouvelles nécessités. Les palmiers deviennent alors d’étranges colonnes singeant leur propre verticalité. Ces stèles idiotes sont disposés ici et là comme autant de stations d’un chemin de croix sans chemin ni croix. Made Like a Laptop devient un encombrant ex-voto purement formaliste et tautologique ne revoyant qu’à la stricte séduction des matériaux qu’il convoque. La structure emmaillotée dans son filet de gigot se transmue en cristal inédit, en un prisme engendré par un alchimiste sous LSD tombé dans l’œil d’une supernova. Chose rare dans une exposition d’art contemporain, la désorientation est totale, jouissive.

Gary Webb, Eye Ball Story, 2014

Gary Webb, Eye Ball Story, 2014

Gary Webb, Eye Ball Story, 2014 (détail)

Gary Webb, Eye Ball Story, 2014 (détail)

Gary Webb, Made Like a Laptop, 2014.

Gary Webb, Made Like a Laptop, 2014.

Gary Webb_6

Gary Webb, Larry's Chiseled Jaw, 2014

Gary Webb, Larry’s Chiseled Jaw, 2014

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Gary Webb Eye Ball Story,

09 septembre – 01 novembre 2014

Galerie Mitterrand, 79 rue du temple, Paris 3e.

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