Women House à la Monnaie de Paris

 

Martha Rosler, Semiotics of Kitchen, 1975.

Martha Rosler, Semiotics of Kitchen, 1975.

L’exposition Women House est présentée comme la rencontre du féminin et du domestique. Avec une  accroche qui se situe quelque part entre une pub pour Moulinex des années soixante et un séminaire d’art thérapie, le défi relevé par les deux commissaires (Camille Morineau et Lucia Pesapane) semble périlleux. Autant le dire d’emblée, avec un sujet si tarte-à-la-crèmesque, Women House faisait craindre le pire…

On pourrait d’ailleurs s’arrêter sur le titre de l’exposition, signe d’une tendance actuelle à re-jouer ou à proposer des célébrations appuyées d’expositions historiques ; tendance probablement à rapprocher de ce qui se passe au cinéma produisant remakes et exploitations de franchises ad nauseam, le tout sans l’ombre d’une idée nouvelle. Bref, si l’imagination a été au pouvoir, c’était avant.

Après un petit texte d’introduction et une chronologie des artistes femmes, l’exposition s’ouvre sur des collages et surtout une vidéo de Martha Rosler (Semiotics of Kitchen, 1975). Face caméra, campée dans une cuisine et revêtue d’un tablier de ménagère, l’artiste essaye tous les instruments disposés sur sa table. Ce qui aurait pu prendre la forme d’une démonstration d’outils domestiques se mue en cours de self defense clandestin. Martha Rosler saisit les ustensiles et semble s’en servir contre un ennemi invisible. A la fin de la vidéo, l’artiste — qui jusqu’alors arborait un visage grave et impassible— esquisse un sourire moqueur avec l’air de dire « c’est la vie ! ». Toute la complexité du rapport de la société occidentale à la condition domestique d’avant les années 1970 est puissamment résumée par Semiotics of Kitchen. Alors, quand on commence avec une vidéo aussi fine, il devient difficile de tenir la cordée. Pourtant, Lucy Gunning  relève le défi. Dans cette vidéo (Climbing Around My Room, 1993), l’artiste se déplace dans une salle quasiment vide sans toucher le sol. Cette chambre est présentée comme un espace domestique, mais il pourrait tout aussi bien s’agir de l’espace de l’atelier ou de celui de la galerie. Lucy Gunning passe d’un encadrement de porte à un haut d’étagère alors que sa robe rouge écarlate se chiffonne et que des traces apparaissent sur ses jambes. Aucun rictus de douleur : l’artiste suit froidement son absurde parcours comme si cela lui était le plus naturel du monde…

Lucy Gunning, 1993.

Lucy Gunning, Climbing Around my Room, 1993.

Après la pièce de Lucy Gunning, tout le monde lâche à corde ! Hormis la vidéo et la « peau » d’Heidi Bucher autour de l’hôpital psychiatrique du Château de Bellevue en Suisse, le reste de l’exposition est ennuyeux et faible (sans compter que la pièce d’Heidi Bucher jouxte celle de Rachel Witheread révélant ainsi toute la nullité décorative et opportuniste de l’artiste britannique). La suite de l’exposition égraine les poncifs sur la condition de la femme en tentant laborieusement de montrer que, grosso modo, même enfermées dans un espace domestique, les femmes sont créatives. L’exposition prend un tournant un peu étrange avec série de photos de Sue Williamson. Avec What About El Max (We Are Like Fish – Long Shot, 2005), Sue Williamson se livre à un exercice de patronage artistique des plus douteux. Elle prend pour prétexte une communauté d’Alexandrie (Egypte) menacée d’expulsion pour leur mettre le grappin dessus en leur faisant écrire des slogans en arabe, et évidemment en anglais (le monde de l’art ne lit pas l’arabe!), sur les façades de leurs maisons. Cette instrumentalisation sans vergogne des populations pauvres relève d’un acte de charité puante que ne renieraient pas les Grégoire du Germinal de Zola ! Le plus agaçant est qu’après un demi-siècle d’art critique des postures du patriarcat et des dominations domestiques, Women House ne soupçonne pas qu’une œuvre comme celle de Sue Williamson fait office de régression. Le constat est d’autant plus triste que l’exposition manque son objet en ne parvenant pas à montrer des œuvres récentes fortes (et pourtant de nombreuses artistes actuelles, quel que soit leur genre, ont une approche fine de ces questionnements !) confinant l’artiste femme soit à une postures de victime, soit à des productions de dames patronnesses.

Heidi Bucher

Heidi Bucher, Mental Institution Kreuzlingen – Schloss Bellevue « Fenstertüe », 1988.

Sue Williamson

Sue Williamson, What About El Max, 2005.

 

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